Les propos tenus par Félix Tshisekedi à l'occasion de la 13ᵉ conférence des gouverneurs, devant les chefs coutumiers du Bandundu, relèvent de cette dérive préoccupante où la parole présidentielle, au lieu d'unir, fracture ; au lieu d'éclairer, obscurcit.
Soutenir, sans nuance ni précaution, que ceux qui furent à la tête de l'État congolais seraient des " étrangers au service d'autres étrangers " revient à jeter une suspicion infamante sur l'ensemble d'une histoire politique nationale déjà suffisamment meurtrie par les divisions et les tragédies.
Une telle assertion, par son caractère globalisant et son absence de fondement rigoureux, ne saurait être interprétée autrement que comme une tentative de disqualification politique grossière, aux relents de stigmatisation identitaire.
Or, la parole du chef de l'État ne saurait se permettre les facilités du pamphlet ni les outrances du procès d'intention. Elle est tenue, par essence, à une exigence de mesure, de responsabilité et de vérité. En s'écartant de ces impératifs, elle ne se contente pas de décevoir : elle met en péril le pacte républicain lui-même, en alimentant les tensions et en fragilisant davantage la cohésion nationale.
La riposte entre rappel à l'ordre et exigence de dignité républicaine
La réaction de Nehemie Mwilanyi, ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila, s'inscrit dès lors dans une logique de rappel salutaire aux principes fondamentaux de l'État de droit.
Il sonne la charge en indiquant combien l'extrémisme, lorsqu'il se nourrit de ressorts identitaires, se révèle être un poison d'autant plus insidieux qu'il s'infiltre au cur même du corps social pour en rigidifier les lignes de fracture et en compromettre durablement la cohésion.
Il ne se contente pas d'exacerber les différends : il les fige, les absolutise et les érige en principes d'exclusion, sapant ainsi les fondements mêmes du contrat social, lequel repose sur la reconnaissance mutuelle et l'appartenance commune à une même communauté de destin.
Dans ce contexte, il n'est aucune grandeur, aucune dignité, à se complaire dans un langage ordurier, outrancier et divisionniste lorsque l'on est investi de responsabilités publiques. Bien au contraire, une telle posture trahit une défaillance de la pensée autant qu'un renoncement à l'éthique de la fonction, laquelle exige mesure, élévation et souci constant de l'unité nationale.
Au-delà de toute vaine polémique, de tels propos apparaissent comme constitutifs d'une violation manifeste de la Constitution, tant ils heurtent les principes cardinaux qui régissent l'exercice du pouvoir en RDC ; or, nul, fût-il juché au faîte des institutions, ne saurait prétendre s'en affranchir sans entamer gravement la légitimité même de sa charge.
Il n'est pas anodin, à cet égard, qu'un acteur averti de la région des Grands Lacs, familier de la trajectoire et du tempérament de Félix Tshisekedi, ait relevé chez lui une propension préoccupante à tenir des propos dont il ne mesure ni la portée ni les conséquences.
Une telle inclination, tolérable peut-être dans les marges du débat ordinaire, devient à ce niveau de responsabilité une source légitime d'inquiétude, car elle expose la parole publique à l'imprévisibilité et partant, fragilise l'édifice institutionnel tout entier.
Car au-delà de la querelle des mots, c'est bien la question de la dignité de la fonction présidentielle qui est en jeu. L'invective, la vulgarité sous-jacente et l'impréparation intellectuelle que traduisent de tels propos ne relèvent pas d'une simple maladresse communicationnelle : elles témoignent d'une inquiétante désinvolture à l'égard des responsabilités inhérentes à la conduite d'un État.
Dans une République digne de ce nom, la parole publique doit être le vecteur d'une élévation du débat, non son abaissement. Elle doit contribuer à pacifier les esprits, non à exacerber les fractures.
A cet égard, les critiques formulées ne relèvent ni de l'excès ni de la polémique gratuite : elles participent d'une exigence impérieuse de restauration de la gravité, de la retenue et du sens de l'État.
Il est temps, en définitive, que la parole présidentielle retrouve ce qui fait sa noblesse : la rigueur du verbe, la hauteur de vue et le respect scrupuleux des principes constitutionnels. Car lorsqu'elle s'en écarte, ce n'est pas seulement l'image d'un homme qui vacille, mais celle de toute une nation qui vacille avec lui.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Quand-la-magistrature-supreme-s-egare-en-RDC.html