Le mythe de l'infiltration ou l'alibi de l'échec sécuritaire #rwanda #RwOT

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A chaque revers militaire, à chaque déroute stratégique, à chaque effondrement opérationnel des Forces armées de la République démocratique du Congo, ce terme surgit comme une formule commode destinée à détourner le regard des véritables responsabilités.

L'" infiltré " est devenu, dans le récit officiel, l'explication universelle des failles sécuritaires, l'ombre invisible sur laquelle l'on projette toutes les insuffisances structurelles de l'État.

Du président Félix Tshisekedi jusqu'à certains relais politiques et communicateurs autoproclamés, le recours systématique à cette rhétorique finit par soulever une interrogation fondamentale : où sont les preuves concrètes de cette prétendue infiltration massive des FARDC par des soldats rwandais ?

Quel est ce militaire identifié avec certitude, arrêté selon les procédures régulières, traduit devant une juridiction compétente, condamné sur la base d'éléments matériels irréfutables, puis officiellement remis aux autorités rwandaises ? Jusqu'à présent, le silence demeure assourdissant.

Cette question n'est ni anodine ni secondaire. Elle touche au cœur même de la crédibilité du discours sécuritaire congolais. Car dans tout État sérieux, les accusations d'infiltration étrangère au sein d'une armée nationale ne sauraient relever de l'incantation politique ou du slogan émotionnel.

Une telle affirmation implique des enquêtes rigoureuses, des preuves tangibles, des procédures judiciaires transparentes et des responsabilités clairement établies. À défaut, le risque est immense : celui de transformer une question de sécurité nationale en instrument permanent de propagande politique.

A force d'être invoquée sans démonstration probante, l'" infiltration " finit par apparaître comme le refuge discursif d'un système incapable d'assumer ses propres faillites. Elle devient l'alibi idéal permettant d'éviter les véritables débats sur l'état de l'armée congolaise : la corruption endémique dans les chaînes de commandement, les détournements massifs des budgets militaires, les promotions clientélistes, l'absence de doctrine cohérente, la faiblesse de la formation, le déficit logistique chronique et l'effondrement du moral des troupes abandonnées sur le terrain.

Car la tragédie des FARDC ne réside pas seulement dans l'existence d'ennemis extérieurs ; elle se trouve d'abord dans les dysfonctionnements internes qui minent depuis des décennies l'institution militaire congolaise.

Une armée ne s'effondre pas uniquement parce qu'elle serait infiltrée ; elle s'effondre surtout lorsqu'elle cesse d'être structurée autour de la discipline, du mérite, de la compétence et de la vision stratégique.

Le plus préoccupant demeure cependant l'usage politique de cette rhétorique. Dans certains discours, l'accusation d'infiltration tend progressivement à devenir une catégorie floue permettant de désigner indistinctement des adversaires politiques, des communautés entières ou toute voix critique contestant l'efficacité du pouvoir.

Une telle dérive est particulièrement dangereuse dans un pays déjà traversé par des tensions identitaires profondes. Lorsqu'un État commence à substituer les slogans sécuritaires à la rigueur des faits, il ouvre la voie à la suspicion généralisée et à la fragmentation nationale.

Le patriotisme véritable ne consiste pas à répéter mécaniquement des accusations spectaculaires ; il exige au contraire lucidité, responsabilité et vérité.

Une nation ne renforce pas son armée en multipliant les boucs émissaires imaginaires, mais en réformant sérieusement ses institutions, en professionnalisant ses forces de défense et en mettant fin à l'impunité des prédateurs internes qui affaiblissent l'appareil sécuritaire bien davantage que n'importe quelle menace extérieure.

La République démocratique du Congo mérite mieux que des explications simplistes servant à masquer les carences d'un système politique incapable de transformer son immense potentiel humain et matériel en véritable puissance étatique.

Car à force d'attribuer systématiquement tous les échecs à des ennemis invisibles, le pouvoir finit par révéler malgré lui une vérité autrement plus inquiétante : l'effondrement d'une nation commence souvent lorsque ses dirigeants préfèrent les récits commodes aux responsabilités concrètes.

Et lorsqu'un mot devient un refuge permanent pour éviter l'autocritique, ce n'est plus seulement le langage politique qui se dégrade, mais la capacité même d'un État à regarder lucidement ses propres faiblesses.

Le mot " infiltration " revient souvent dans le discours congolais, surtout après chaque revers militaire des Forces armées de la RDC, comme une manière de détourner les responsabilités

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Le-mythe-de-l-infiltration-ou-l-alibi-de-l-echec-securitaire.html

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