Lorsque les gardiens de la paix deviennent des cibles #rwanda #RwOT

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A Goma, des frappes attribuées à des drones opérant pour les forces gouvernementales congolaises auraient atteint des installations liées aux nations unies provoquant la mort de Madame Karine Buisset, de nationalité française et employée par l'Unicef.

Au-delà de la tragédie humaine, ce drame soulève une question d'une gravité exceptionnelle : comment comprendre que des structures et des personnels relevant du système onusien puissent être touchés dans une zone théoriquement placée sous la vigilance même de l'organisation internationale chargée de protéger la paix et les civils ?

La mort d'un agent humanitaire, engagé dans l'une des agences les plus emblématiques de la protection de l'enfance, constitue un symbole tragique. Elle rappelle que, dans les conflits contemporains, les frontières entre cibles militaires et acteurs humanitaires tendent dangereusement à s'estomper.

Or, dans l'architecture normative du droit international, les personnels humanitaires bénéficient d'une protection particulière. Leur sécurité n'est pas une faveur accordée par les belligérants, mais une obligation juridique inscrite dans les principes fondamentaux du droit international humanitaire.

Lorsqu'une attaque frappe un agent humanitaire sous mandat des nations unies, la question dépasse immédiatement le cadre local. Elle engage la crédibilité même du système multilatéral. Car si ceux qui incarnent la neutralité humanitaire deviennent eux-mêmes des victimes, alors c'est toute la structure morale du droit des conflits armés qui vacille.

Le silence des institutions face à l'épreuve du droit

La tragédie de Goma met aujourd'hui en lumière une interrogation lancinante : jusqu'où ira le silence de la communauté internationale ? Les frappes attribuées aux forces gouvernementales congolaises constituent non seulement une violation du cessez-le-feu laborieusement négocié dans la région, mais aussi une possible atteinte aux règles fondamentales du droit international.

Dans l'Est de la RDC, la rhétorique diplomatique du cessez-le-feu s'est déjà souvent heurtée aux réalités brutales du terrain. Mais l'usage de drones dans une ville densément peuplée, et plus encore lorsque des installations associées au système des nations unies sont touchées, introduit une dimension nouvelle dans la crise. Il ne s'agit plus seulement d'une violation militaire ; il s'agit d'un défi lancé à l'ordre juridique international lui-même.

Or, face à cette situation, l'attitude des grandes institutions internationales apparaît pour l'heure empreinte d'une prudence qui confine, pour certains observateurs, à l'embarras. Cette retenue peut s'expliquer par la complexité politique du conflit, par la nécessité de vérifier les faits, ou encore par les équilibres diplomatiques qui régissent les relations entre États. Mais elle n'en soulève pas moins une interrogation fondamentale : à partir de quel moment le silence devient-il une forme d'impuissance ?

Car l'histoire récente a montré que la crédibilité du système multilatéral repose moins sur la proclamation de principes que sur sa capacité à les faire respecter. Si des violations manifestes du cessez-le-feu et des normes humanitaires restent sans conséquences politiques ou diplomatiques, le risque est grand de voir s'installer une dangereuse banalisation de l'impunité.

La mort d'une employée de UNICEF à Goma ne peut être reléguée au rang d'un simple incident collatéral dans un conflit complexe. Elle constitue un test moral et politique pour les nations unies elles-mêmes.

Car si les institutions chargées de défendre le droit international se résignent au silence face à la mort de leurs propres agents, une question redoutable se posera inévitablement : qui, alors, protégera encore ceux qui consacrent leur vie à protéger les autres ?

À Goma, des frappes de drones attribuées aux forces gouvernementales congolaises ont touché des installations de l'ONU, tuant Karine Buisset, employée française de l'UNICEF

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Lorsque-les-gardiens-de-la-paix-deviennent-des-cibles.html

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