Le verdict a été rendu par une formation de trois juges de la Haute Cour, siégeant à Dar es Salaam, sous la présidence du juge Dunstan Ndunguru. Cette décision met fin à l'un des procès politiques les plus suivis en Tanzanie, engagé dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir et l'opposition.
La Cour a estimé que le ministère public n'avait pas démontré un élément essentiel de l'accusation de trahison, à savoir l'intention de menacer ou d'intimider le gouvernement. En revanche, elle a reconnu Tundu Lissu coupable d'incitation, considérant que ses déclarations visaient à mobiliser la population pour perturber le processus électoral de 2025.
Selon le juge Ndunguru, les éléments présentés au procès, notamment les témoignages de personnes ayant assisté aux déclarations, ont permis d'établir que l'opposant avait appelé les citoyens à empêcher la tenue des élections et à provoquer des troubles.
La condamnation a été prononcée sur la base de l'article 390 du Code pénal, relatif à l'incitation, en application de l'article 319 de la loi sur la procédure pénale, qui autorise une juridiction à retenir une infraction moins grave lorsque les éléments de l'infraction initialement reprochée ne sont pas établis.
Des déclarations à l'origine des poursuites
L'affaire remonte au 3 avril 2025, lorsque Tundu Lissu, président du Chama cha Demokrasia na Maendeleo (CHADEMA), principal parti d'opposition, s'était exprimé au siège de sa formation politique à Dar es Salaam, devant des militants et des journalistes.
Le parquet lui reprochait d'avoir appelé la population à empêcher les élections générales prévues en octobre 2025 et à organiser une rébellion. Parmi les déclarations retenues figuraient notamment : " Nous allons empêcher la tenue des élections " et " Nous allons mobiliser une rébellion ".
Arrêté le 9 avril 2025, il avait plaidé non coupable, soutenant que ses propos relevaient de son engagement politique et de son appel à des réformes électorales.
Lors de ses dernières observations devant la Cour, en septembre 2026, il avait dénoncé des poursuites fondées sur des suppositions.
" Je suis poursuivi sur la base de spéculations, or la loi n'autorise pas des accusations fondées sur des spéculations ", avait-il déclaré.
Le procureur principal de l'État, Nassoro Katuga, avait, pour sa part, soutenu que les preuves présentées, notamment les témoignages de 17 personnes citées par l'accusation, suffisaient à établir sa culpabilité au-delà de tout doute raisonnable.
La défense avait contesté cette interprétation des faits.
La procédure judiciaire s'est déroulée dans un climat politique particulièrement tendu, marqué par les contestations de l'opposition contre le gouvernement de la présidente Samia Suluhu Hassan.
Tundu Lissu avait été arrêté quelques mois avant les élections générales du 29 octobre 2025. Le CHADEMA avait été exclu du scrutin après avoir refusé de signer le code de conduite électoral, tandis que plusieurs responsables de l'opposition dénonçaient des restrictions à leurs activités politiques.
La présidentielle avait finalement été remportée par Samia Suluhu Hassan, créditée de près de 98 % des voix. Le scrutin avait été suivi de manifestations dans plusieurs villes du pays, auxquelles les forces de sécurité avaient répondu par des opérations de répression.
Une commission d'enquête mise en place par la présidente avait fait état d'au moins 518 morts lors des violences postélectorales. Des organisations de défense des droits humains et des responsables de l'opposition avancent un bilan bien supérieur, évoquant environ 2 000 victimes, un chiffre que les Nations unies ont indiqué ne pas être en mesure de vérifier.
Le gouvernement a rejeté les accusations selon lesquelles les forces de sécurité auraient fait un usage excessif de la force, attribuant une partie des violences aux manifestants.
À la suite du verdict, Tundu Lissu a dénoncé ce qu'il considère comme une persécution politique, affirmant que les juges avaient agi sous la pression du pouvoir. Le CHADEMA a, de son côté, annoncé son intention de faire appel de la condamnation.
Âgé de 58 ans, Tundu Lissu est l'une des figures les plus connues de l'opposition tanzanienne. En septembre 2017, il avait survécu à une tentative d'assassinat au cours de laquelle il avait été atteint de 16 balles. Aucune personne n'a été inculpée dans cette affaire.
Après plusieurs années d'exil, il était rentré définitivement en Tanzanie en 2023, dans un contexte d'assouplissement de certaines restrictions politiques instaurées sous l'ancien président John Magufuli, décédé en 2021.
