À la tête de l'Église " Good News International Ministries ", Mackenzie avait convaincu ses fidèles de se priver de nourriture et d'eau, ainsi que d'imposer cette pratique à leurs enfants, dans le but de " rencontrer Jésus et d'accéder au paradis avant la fin du monde ".
La peine a été prononcée par la juge Diana Kavedza Mochache, qui a estimé que le pasteur portait la responsabilité principale de ces décès. Elle a qualifié ses actes de délibérés et minutieusement planifiés, soulignant la gravité des violences commises contre les fidèles.
Le tribunal lui a infligé 100 ans de prison pour les meurtres commis par privation de nourriture et 100 autres années pour les homicides directs. Les deux peines seront exécutées successivement, portant sa condamnation totale à 200 ans.
Le parquet avait demandé la peine de mort, estimant que la gravité des crimes commis justifiait une telle sanction. La juge a toutefois rejeté cette demande, estimant qu'une telle peine ne laisserait aucune chance au condamné de se réinsérer dans la société.
Vingt-huit autres personnes ont également été condamnées pour leur participation aux meurtres. Leurs peines vont de 10 à 160 ans de prison. Parmi elles figurent des gardes chargés de faire respecter les consignes de jeûne et des fossoyeurs ayant participé à l'inhumation des victimes dans des fosses peu profondes.
Selon les éléments présentés au procès, les fidèles qui refusaient de poursuivre le jeûne étaient battus, immobilisés ou enfermés. Les enfants étaient particulièrement visés et privés de nourriture, parfois sous les yeux de leurs parents.
Les examens médico-légaux ont établi que 183 victimes étaient mortes de faim, tandis que huit autres avaient été tuées directement. Certaines présentaient des traces de suffocation, d'étranglement ou de traumatismes crâniens.
Mackenzie et ses coaccusés avaient rejeté les accusations, affirmant que les fidèles avaient choisi librement de jeûner. Son avocat, Lawrence Obonyo, a annoncé que la défense ferait appel du verdict.

Une découverte macabre qui a bouleversé le Kenya
L'affaire a éclaté en avril 2023, lorsque les autorités kényanes ont commencé à exhumer des corps dans la forêt de Shakahola, située dans le comté de Kilifi, près de la ville côtière de Malindi.
Plus de 400 corps ont finalement été retrouvés dans des fosses communes peu profondes. Les victimes étaient principalement des fidèles de Mackenzie, qui avaient rejoint cette communauté après avoir suivi ses enseignements religieux.
Selon les investigations, le pasteur avait développé une doctrine apocalyptique selon laquelle l'éducation et la médecine moderne étaient contraires à la volonté divine. Il encourageait ses adeptes à abandonner les soins médicaux, à se couper de la société et à s'installer dans la forêt pour " préparer leur rencontre avec Jésus ".
Fondée en 2003, son Église avait gagné en popularité au Kenya, notamment grâce à ses prédications diffusées sur une chaîne de télévision appelée Times TV. Son principal établissement religieux à Malindi avait toutefois été fermé en 2019, après quoi il avait transféré ses activités à Shakahola.
L'enquête judiciaire a révélé l'existence d'un système organisé destiné à contraindre les fidèles à respecter les consignes du pasteur. Les enfants devaient commencer à jeûner avant les jeunes, les femmes et les hommes.
Le procès, considéré par la justice kényane comme l'une des affaires criminelles les plus importantes de son histoire, a notamment entendu 120 témoins à charge et neuf témoins de la défense.
Le drame de Shakahola a également soulevé des interrogations sur la surveillance des organisations religieuses et la réaction des autorités face aux activités de Mackenzie.
Bien que le pasteur ait déjà attiré l'attention des services de sécurité avant 2023, les avertissements concernant ses pratiques n'avaient pas permis d'empêcher la tragédie.
Après la découverte des corps, le président kényan, William Ruto, avait annoncé la création d'une commission d'enquête et d'un groupe de travail chargés de proposer des mesures pour renforcer l'encadrement des organisations religieuses.
La Commission kényane des droits de l'homme a notamment appelé à établir les responsabilités des différents services publics qui auraient ignoré les signaux d'alerte.
Malgré cette condamnation, les procédures judiciaires concernant Mackenzie ne sont pas terminées. Il fait notamment face à d'autres accusations liées au terrorisme et à des décès survenus sur un autre site, qu'il conteste également.
En effet, une affaire distincte porte sur la mort présumée de 52 personnes dans le village de Kwa Binzaro, ce qui pourrait alourdir davantage le bilan humain des activités du pasteur.
