Face à la hausse attendue de la demande énergétique, le pays mise notamment sur les petits réacteurs modulaires (SMR), tout en développant des partenariats internationaux, des infrastructures de recherche et des compétences locales.
L'objectif est de réduire la dépendance aux sources d'énergie dont la disponibilité peut être incertaine et de garantir un approvisionnement électrique continu.
Le Rwanda prévoit que ses besoins en électricité dépasseront 5 000 mégawatts à l'horizon 2050, contre environ 470 MW actuellement. L'énergie nucléaire figure ainsi parmi les solutions envisagées pour accompagner cette croissance.
Le pays étudie notamment les Small Modular Reactors (SMR), des réacteurs nucléaires de petite taille capables de produire jusqu'à 300 MW par unité, selon les modèles. Certaines de leurs composantes sont fabriquées en usine avant d'être transportées et assemblées sur le site d'exploitation. Leur capacité peut être augmentée en installant plusieurs modules.
Comment fonctionnent les petits réacteurs nucléaires ?
La production d'électricité nucléaire repose principalement sur l'uranium. Dans le réacteur, les noyaux des atomes d'uranium sont divisés lors d'un processus appelé fission nucléaire, libérant ainsi de la chaleur.
Cette chaleur sert à chauffer de l'eau pour produire de la vapeur, laquelle actionne des turbines reliées à des générateurs qui produisent l'électricité.
Contrairement aux centrales nucléaires classiques, les SMR sont plus compacts et peuvent être installés dans différents environnements, notamment à proximité de zones industrielles, de sites miniers ou d'activités nécessitant un approvisionnement électrique supplémentaire.
Certains modèles sont conçus pour faciliter leur transport, mais leur installation reste soumise à des autorisations et à des exigences strictes de sécurité.
Le choix du site dépend notamment de la technologie utilisée, du nombre de réacteurs, des systèmes de refroidissement, des infrastructures électriques, de la nature du sol, des risques sismiques, de la disponibilité en eau et de la proximité des zones habitées.
Au Rwanda, une superficie de 15 à 50 hectares a été évoquée à titre indicatif, sans constituer une norme applicable à tous les modèles. Les autorités doivent également prévoir les dispositifs de sécurité et les zones d'intervention des services d'urgence.
Le Rwanda multiplie les partenariats pour développer cette technologie. En mai 2026, l'Autorité rwandaise de l'énergie atomique (RAEB) a signé un accord avec l'entreprise américaine Holtec International, spécialisée dans les technologies nucléaires, la gestion des installations et le traitement des combustibles usés.
L'accord porte sur l'étude de la faisabilité de l'utilisation au Rwanda de ses réacteurs SMR-300. L'entreprise propose notamment des configurations à deux unités, dont la capacité annoncée est d'environ 340 MW par unité.
De son côté, le Rwanda coopère avec Rosatom, l'entreprise publique russe chargée du secteur nucléaire, depuis 2018, dans le cadre de l'utilisation pacifique de l'énergie atomique.
En 2019, les deux parties ont signé un accord portant sur la création d'un Centre de sciences et technologies nucléaires au Rwanda. Celui-ci devrait comprendre des laboratoires et un réacteur de recherche d'une puissance pouvant atteindre 10 MW, destiné à la formation et aux activités scientifiques.
En 2026, la RAEB et Rosatom ont également adopté une feuille de route couvrant les projets de SMR, le développement des infrastructures, la formation du personnel et la recherche.
Cette coopération prévoit aussi l'utilisation des technologies nucléaires dans plusieurs secteurs, notamment la médecine, l'agriculture, l'exploitation minière et le traitement des minerais.
Par ailleurs, le Rwanda collabore également avec Dual Fluid, une entreprise d'origine allemande enregistrée à Vancouver, au Canada, en 2021.
L'entreprise prévoit de réaliser au Rwanda des essais sur un réacteur nucléaire expérimental. Le gouvernement rwandais s'est engagé à mettre à sa disposition un terrain et les infrastructures nécessaires à sa construction.
Ce réacteur ne sera pas destiné à produire de l'électricité. De petite taille, comparable à celle d'un réfrigérateur, il servira à tester la technologie et à évaluer son potentiel avant d'envisager des installations de plus grande capacité.
En août 2024, la RAEB avait également signé un protocole d'accord avec NANO Nuclear Energy, une entreprise américaine qui développe des microréacteurs nucléaires.
Ce partenariat prévoit une assistance technique, des programmes de formation et de renforcement des capacités, ainsi qu'une coopération dans les domaines des petits réacteurs modulaires et des microréacteurs. L'entreprise travaille au développement de ces technologies, qui ne sont pas encore largement déployées commercialement.

L'AIEA relève des progrès dans les préparatifs du Rwanda
En mars 2026, une mission de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), menée du 2 au 9 mars, a évalué les capacités du Rwanda à utiliser l'énergie nucléaire à des fins pacifiques.
Selon la RAEB, l'évaluation a relevé des progrès dans plusieurs domaines. Les experts ont examiné 19 aspects, notamment la stratégie nationale à long terme, la protection des populations et de l'environnement, le financement des installations, la disponibilité de personnel qualifié et le cadre juridique.
La RAEB prévoit en outre que les 234 travailleurs nécessaires au programme seront disponibles d'ici 2028, afin de permettre le démarrage de la production d'électricité nucléaire au cours des années 2030.
En février 2026, le directeur général de la RAEB, Dr Fidel Ndahayo, avait estimé que la construction d'une centrale nucléaire au Rwanda pourrait coûter entre 5 et 6 milliards de dollars américains. Il avait souligné l'importance de mobiliser le secteur privé et de permettre aux entreprises locales de participer à la construction, à la fourniture d'équipements et aux services spécialisés.
Cette participation devrait contribuer au développement des capacités industrielles nationales et à la réduction de la dépendance énergétique du pays.
Les risques d'accident constituent l'une des principales préoccupations liées à l'utilisation de l'énergie nucléaire. La catastrophe de Tchernobyl, survenue en Ukraine en 1986, reste notamment un exemple des conséquences sanitaires et environnementales que peut entraîner un accident nucléaire.
Les SMR intègrent toutefois différents dispositifs de sécurité, notamment des systèmes permettant à certains modèles d'interrompre automatiquement leur fonctionnement en cas d'anomalie. Leur niveau de sûreté dépend néanmoins de la conception, de l'exploitation et du respect des normes applicables.
Holtec International développe également des conteneurs destinés au transport et au stockage des déchets nucléaires. Selon les informations communiquées sur l'entreprise, ses équipements sont utilisés par une centaine d'installations nucléaires dans le monde.
La gestion des déchets radioactifs, la protection des populations et le contrôle des installations restent ainsi des éléments essentiels du programme rwandais.
Le développement du nucléaire nécessite également la formation d'une main-d'uvre qualifiée. Le Rwanda ambitionne ainsi de disposer de plus de 230 spécialistes dans ce domaine d'ici 2028.
Plus de 200 Rwandais suivent actuellement des études ou des formations liées au nucléaire dans différents pays.
Dans le cadre de la coopération avec la Hongrie, 40 étudiants devaient bénéficier de formations en 2026. Le Rwanda souhaite également renforcer ses partenariats avec la Chine et la Corée du Sud.
Au niveau national, l'Université du Rwanda et la RAEB ont lancé des programmes de formation en sciences nucléaires. Selon un rapport gouvernemental, la première promotion comptait 52 étudiants durant l'année académique 2025-2026.
À travers ces initiatives, le Rwanda entend réunir les conditions techniques, financières, réglementaires et humaines nécessaires pour intégrer l'énergie nucléaire dans son système électrique au cours de la prochaine décennie.


Source : https://new.igihe.com/french/comment-le-rwanda-prepare-son-entree-dans-lere-du-nucleaire/