La prise de l'aéroport de Kavumu par l'AFC/M23 ne fut pas une victoire tactique parmi d'autres ; elle constitua l'acte décisif d'une défaite militaire désormais irréversible pour les forces coalisées du pouvoir.
Kavumu était alors le dernier verrou avant Bukavu, bien davantage qu'une simple infrastructure aéroportuaire. Base logistique névralgique, plateforme de lancement de drones, ultime couloir de réapprovisionnement des troupes gouvernementales dans cette partie du Sud-Kivu, le site concentrait l'essentiel des capacités opérationnelles de l'État congolais.
Sa chute, après d'intenses combats et surtout après l'abandon précipité des positions par les FARDC, scella de facto le sort du front méridional.
Comme lors de la prise de Goma trois semaines plus tôt, un arsenal conséquent fut abandonné sur place, révélant moins une défaite au combat qu'une faillite de commandement. En se retirant sans ordre ni cohérence, les forces censées défendre l'État offrirent à leurs adversaires non seulement un territoire, mais aussi les moyens matériels de consolider leur avancée.
Deux jours plus tard, le 16 février 2025, Bukavu tombait à son tour, simple conséquence mécanique d'un verrou stratégique déjà brisé.
La débandade sans cause face à la détermination stratégique
Cette séquence militaire mit crûment en lumière l'asymétrie morale et stratégique entre les protagonistes. D'un côté, une coalition hétéroclite et désarticulée, FDLR, milices Wazalendo, éléments burundais, mercenaires et unités régulières congolaises engagée sans doctrine claire, sans objectif lisible et, surtout, sans cause mobilisatrice.
De l'autre, un mouvement animé par une cohérence politique et militaire, porté par une lecture stratégique du terrain et par une détermination que l'adversaire n'a jamais su égaler.
La chute de Kavumu révéla ainsi une cascade de fuites et de débandades sur un front manifestement mal maîtrisé. Les lignes se défaisaient avant même le choc, les positions étaient abandonnées avant d'être véritablement contestées et l'autorité se dissolvait dans la confusion.
Cette déroute n'était pas seulement celle des armes ; elle était celle d'un État incapable d'offrir à ses soldats une raison de tenir, une cause à défendre, un horizon politique crédible.
A l'inverse, la progression de l'AFC/M23 s'inscrivit dans une logique implacable, presque inexorable. La prise de Kavumu, puis celle de Bukavu, ne furent pas des accidents de l'histoire, mais l'aboutissement d'un rapport de forces où la légitimité perçue, la discipline et la clarté stratégique ont fini par l'emporter sur le nombre et l'arsenal.
Un an après, cet épisode demeure le symbole éclatant d'une défaite militaire consommée : celle d'une coalition sans âme face à des adversaires convaincus de la justesse et de la légitimité de leur cause.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Kavumu-ou-l-instant-ou-le-front-s-est-effondre.html