En réaffirmant, avec une fermeté sans ambiguïté, la position du Qatar en faveur du règlement des conflits par le dialogue, les moyens pacifiques et le strict respect des principes du droit international, Doha ne s'est pas contentée d'énoncer une posture de principe : elle a rappelé, avec une sobriété calculée, les fondements mêmes de l'ordre international que certains acteurs régionaux semblent tentés de relativiser.
Dans un contexte marqué par la multiplication des processus parallèles, des médiations concurrentes et des tentatives de contournement diplomatique, cette constance qatarie apparaît comme un repère normatif. Elle tranche avec les improvisations stratégiques, les revirements discursifs et les instrumentalités tactiques qui fragilisent nombre d'initiatives de paix sur le continent africain, en particulier dans la région des Grands Lacs.
Là où certains confondent médiation et opportunisme, Doha rappelle que la paix ne saurait être le produit d'arrangements conjoncturels, encore moins d'équilibres imposés par la force ou la ruse procédurale.
Cette déclaration, formulée dans un langage feutré mais d'une rigueur conceptuelle implacable, renvoie à une vision exigeante de la diplomatie : celle qui refuse la banalisation de la violence, la normalisation des violations du droit international et la dilution des responsabilités étatiques.
En ce sens, le Qatar ne se pose pas en arbitre partisan, mais en gardien d'une orthodoxie juridique et politique dont l'érosion progressive constitue aujourd'hui l'une des principales menaces pour la stabilité régionale et mondiale.
Le droit international comme ligne de fracture
La portée de cet échange dépasse largement le cadre bilatéral entre Luanda et Doha. Elle s'inscrit dans une recomposition plus large des équilibres diplomatiques, où la crédibilité d'un processus de paix ne se mesure plus à la multiplication des sommets ou à l'activisme des capitales, mais à la cohérence entre les discours et les actes.
En rappelant que le dialogue et les moyens pacifiques doivent prévaloir, le Qatar oppose une fin de non-recevoir implicite aux stratégies de contournement, aux dialogues sélectifs et aux processus vidés de leur substance inclusive.
Le respect du droit international, invoqué explicitement par Cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, constitue ici la véritable ligne de fracture. Il sépare les démarches sincères des entreprises dilatoires, les médiations structurantes des manuvres de diversion.
Car le droit international n'est pas un simple ornement rhétorique destiné à légitimer des choix déjà arrêtés ; il est un cadre contraignant, une grammaire commune qui impose des limites à la souveraineté lorsqu'elle se mue en arbitraire et qui protège les peuples lorsque les États faillissent à leurs obligations.
Dans les crises contemporaines, et singulièrement en RDC, la tentation est grande de substituer au droit une diplomatie de circonstance, façonnée par les rapports de force et les calculs à court terme. La position qatarie rappelle opportunément que toute paix obtenue au prix du droit est une paix illusoire, vouée à l'effondrement dès que les équilibres factices qui la soutiennent se déplacent.
La stabilité durable, la paix mondiale et la sécurité collective ne sauraient émerger d'arrangements opaques, mais d'un engagement réel envers les principes universels que les États ont librement acceptés.
En définitive, la parole de Doha agit comme un miroir tendu à la RDC : elle révèle, par contraste, les insuffisances des approches fondées sur la duplicité, l'exclusion et la manipulation des processus.
Elle rappelle que la diplomatie n'est ni un théâtre d'ombres ni un instrument de contournement, mais un exercice de responsabilité historique. Dans un monde où le vacarme des armes et l'agitation politique menacent de submerger la raison juridique, cette voix, ferme et mesurée, réaffirme une vérité essentielle : sans le dialogue sincère et le respect du droit, il n'y a ni paix crédible, ni sécurité durable.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-constance-qatarie-face-aux-errances-strategiques-de-la-RDC.html