Luanda, Doha, Nairobi hier, Addis-Abeba avant-hier : autant d'escales successives où se rejoue, sous des formats renouvelés, une même dramaturgie politique faite de promesses solennelles, d'engagements fragiles et de cessations des hostilités aussitôt proclamées qu'enfreintes.
Dans ce contexte, l'Angola, malgré le recentrage formel du processus sur Doha, s'emploie à maintenir une fonction de facilitateur régional, multipliant les contacts discrets, tant avec des figures politiques influentes qu'avec les autorités ecclésiastiques, dans l'espoir de recréer les conditions minimales d'un dialogue crédible.
Cette démarche, en apparence prudente et inclusive, révèle cependant une tension structurelle : la tentation, pour le pouvoir de Kinshasa, de déplacer le cur du conflit vers des arènes diplomatiques où la confusion des agendas permettrait de diluer les responsabilités et de contourner des engagements déjà souscrits ailleurs.
La transposition à Luanda de questions éminemment belligérantes telles que la conclusion d'un accord de paix entre parties armées ou la libération de prisonniers politiques, illustre cette dérive. Elle traduit moins une volonté sincère de pacification qu'un calcul tactique visant à recomposer le rapport de forces par le déplacement du cadre, au risque de décrédibiliser l'ensemble de l'architecture diplomatique régionale.
L'opposition politique congolaise, consciente de cette manuvre, s'en tient à distance, refusant de servir d'alibi institutionnel à un processus dont les fondements restent ambigus.
L'impasse stratégique
Face à cette instabilité procédurale, la lassitude gagne les acteurs comme les observateurs. Les violations répétées du cessez-le-feu par le pouvoir lui même, l'absence de mécanismes de garantie robustes et la propension du pouvoir à renier, requalifier ou différer ses engagements nourrissent une défiance profonde.
Toutefois, transformer cette défiance en appel à la violence constituerait une faute stratégique majeure.
L'histoire politique congolaise, comme celle de la région des Grands Lacs, enseigne avec constance que la conquête du pouvoir par les armes n'engendre ni légitimité durable ni stabilité institutionnelle.
La rhétorique de la force, aussi séduisante soit-elle dans l'exaspération du moment, conduit invariablement à la dépossession de la souveraineté populaire.
La véritable alternative ne réside donc pas dans l'abandon du dialogue, mais dans sa requalification radicale : un dialogue contraignant, garanti, adossé au droit international, assorti de mécanismes de suivi crédibles et d'une clarification nette des cadres politique d'un côté, militaire de l'autre.
A cet égard, l'insistance du Qatar sur le respect des principes juridiques internationaux et sur la résolution pacifique des différends rappelle une évidence trop souvent oubliée : la paix n'est pas un événement diplomatique, mais un processus institutionnel.
La transhumance diplomatique en RDC ne cessera que lorsque les acteurs cesseront d'instrumentaliser les médiations comme des échappatoires tactiques et accepteront de s'y soumettre comme à des contraintes politiques réelles.
A défaut, chaque nouveau processus, aussi habillé soit-il de bonnes intentions, ne fera que prolonger l'illusion, accroître la défiance et retarder l'émergence d'un ordre politique fondé sur la responsabilité, la parole tenue et la primauté du droit.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-transhumance-diplomatique-en-RDC.html