Abibata Shanni Mahama, conseillère principale chargée du développement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) au sein du bureau du Secrétaire général de la ZLECAf, estime que les restrictions commerciales imposées par les États-Unis doivent inciter les entreprises africaines à rechercher davantage de débouchés sur le continent.
Elle s'exprimait auprès d'IGIHE, ce mercredi 4 novembre 2026, à Kigali, lors de la cohorte régionale d'Afrique de l'Est du programme SME Booster de la ZLECAf.
Cette déclaration intervient après l'annonce américaine du retrait du Rwanda et de l'Afrique du Sud du programme de préférences commerciales African Growth and Opportunity Act (AGOA), à compter du 1er janvier 2027.
Mis en place en 2000, l'AGOA permet aux pays d'Afrique subsaharienne éligibles d'exporter plus de 1 800 produits vers les États-Unis sans droits de douane.
Le Rwanda avait déjà subi des restrictions dans le cadre de l'AGOA en 2018, après avoir augmenté les droits de douane sur les vêtements et les chaussures d'occasion importés afin de protéger son industrie textile locale. Washington avait suspendu les avantages douaniers accordés aux exportations rwandaises de vêtements, tout en maintenant ceux concernant d'autres produits.
Le Président Paul Kagame avait défendu cette politique, affirmant que le Rwanda devait développer ses capacités industrielles plutôt que de continuer à dépendre des vêtements d'occasion importés.
" Avec l'AGOA et d'autres initiatives annulées par l'actuelle administration américaine, nous avons encore plus de raisons de nous encourager mutuellement à commercer entre nous ", a déclaré Mahama, soulignant que les produits exportés vers les États-Unis et l'Europe répondent également à une demande importante sur le continent africain.
Le renforcement des échanges régionaux permettrait ainsi aux entreprises d'élargir leur clientèle tout en réduisant leur dépendance aux marchés extérieurs.
Nomalanga Gule, conseillère régionale au commerce pour l'Afrique australe et l'Afrique de l'Est, estime également que les entreprises africaines doivent davantage miser sur les ressources et les possibilités commerciales du continent, notamment en transformant localement les matières premières.
Elle a cité les exportations de lait ougandais vers l'Afrique du Nord et les relations commerciales développées par des entreprises kényanes avec l'Afrique de l'Ouest.
Selon elle, plus de 60 % des entreprises qui utilisent le cadre commercial de la ZLECAf sont des petites et moyennes entreprises. Elle a toutefois relevé que la connaissance de l'accord ne s'est pas encore traduite par une participation suffisante des entreprises, dont beaucoup apprennent encore à en exploiter les dispositions.
John Bosco Rukundo, spécialiste des questions économiques au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a rappelé que la création d'un marché africain unique nécessitait davantage que des accords commerciaux. Les entreprises doivent aussi disposer des capacités de production, des financements, des technologies et des compétences nécessaires pour être compétitives.
Évoquant les difficultés d'accès au financement, aux informations commerciales, aux normes de qualité, à la certification et aux services logistiques, il a notamment appelé les organisations d'accompagnement à aider concrètement les entreprises à préparer leurs exportations, à identifier des marchés et à trouver des acheteurs.

Le programme SME Booster pour accompagner les entreprises
Le Secrétariat de la ZLECAf entend répondre à ces difficultés à travers le programme SME Booster, qui met en relation les entreprises et les organisations d'accompagnement afin de renforcer leurs capacités d'exportation et de faciliter leur accès aux acheteurs, aux financiers et aux distributeurs.
La cohorte d'Afrique de l'Est, organisée en marge de la 26ᵉ Foire commerciale des MPME de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC MSME Trade Fair), porte notamment sur les normes des produits, la certification, l'emballage, les documents commerciaux, les informations sur les marchés et l'accès au financement.
Elle constitue la cinquième et dernière étape régionale du programme, après quatre éditions organisées en Afrique de l'Ouest, en Afrique australe, en Afrique centrale et en Afrique du Nord.
L'initiative cible plusieurs chaînes de valeur prioritaires, notamment le café, le thé, l'horticulture, la pêche et l'aquaculture, les produits laitiers, le cuir, le textile et l'habillement, les oléagineux, les cosmétiques naturels et les épices.
Elle prévoit également de mettre les entreprises en relation avec l'AfCFTA Deal Room, une plateforme destinée à faciliter les rencontres entre acheteurs et fournisseurs, l'intégration de nouveaux fournisseurs et la conclusion de partenariats commerciaux.
Mahama a souligné que l'objectif était de dépasser le stade des formations pour aboutir à des transactions concrètes. Lors de Biashara Afrika 2026, la plateforme a recensé 38 opportunités commerciales évaluées à 2,77 millions de dollars dans huit pays et six secteurs. Seize rencontres d'affaires ont été programmées et des transactions d'une valeur de 500 000 dollars ont été conclues.
Le Rwanda veut élargir ses débouchés
Pour le Rwanda, le marché continental représente une occasion d'élargir les débouchés des entreprises au-delà d'un marché national relativement limité.
Nathan Gashayija, directeur général du Conseil des petites et moyennes entreprises du Rwanda, a indiqué que certaines entreprises locales exportaient déjà du café et d'autres produits vers le Ghana, tandis que d'autres s'enregistraient dans le cadre commercial de la ZLECAf.
Soulignant que le manque de capacités, de compétences et de connaissances sur les exigences commerciales freinait leur participation, il a notamment insisté sur la nécessité de mieux maîtriser les règles et les certificats d'origine, les droits de douane et les outils du commerce numérique.
Diane Bampire, représentante d'OME Group Ltd, une entreprise basée à Kigali qui fabrique des biscuits aux champignons, des bouillies et des épices, espère trouver des partenaires et des distributeurs sur d'autres marchés africains.
L'entreprise a déjà participé à des expositions au Kenya, en Ouganda, au Togo et au Nigeria dans le cadre de ses efforts d'expansion.
" Je souhaite vivement trouver des partenaires ", a-t-elle déclaré, expliquant que des accords avec des distributeurs locaux lui permettraient d'atteindre de nouveaux consommateurs sans devoir transporter elle-même ses produits dans chaque pays.
La ZLECAf représente un marché de plus de 1,4 milliard de personnes, avec un produit intérieur brut (PIB) cumulé supérieur à 3 400 milliards de dollars. En septembre 2026, 50 pays avaient ratifié l'accord.
Le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en échanges commerciaux effectifs, en renforçant la participation des entreprises, les chaînes de valeur régionales et le commerce entre les pays africains.






Source : https://new.igihe.com/french/la-zlecaf-appelle-lafrique-a-renforcer-ses-echanges-commerciaux/