Ibuka Europe : mémoire, transmission et justice au cœur d'un colloque organisé à Bruxelles #rwanda #RwOT

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Un collectif qui s'élargit et se donne de nouvelles perspectives

L'assemblée générale, tenue en présence du président d'Ibuka Rwanda, le Dr Philibert Gakwenzire, a notamment accueilli un nouveau membre : Ibuka Luxembourg, créé le 11 mars 2026 et représenté par son président, Didace Kalisa.

Le Collectif compte désormais dix associations : Ibuka Belgique, Suisse, France, Hollande, Italie, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande et Luxembourg.

Les représentants ont partagé leurs expériences, leurs pratiques et les difficultés rencontrées dans leurs pays respectifs. Ils ont également examiné le fonctionnement et l'organisation du Collectif afin de les adapter à l'évolution du contexte européen. Un groupe de travail a ainsi été constitué pour proposer des améliorations visant à renforcer son efficacité et sa cohésion.

L'assemblée a également procédé au renouvellement de la présidence. Après trois années sous la direction d'Ibuka Italie, représentée par sa présidente, le Dr Ing. Honorine Mujyambere, la responsabilité a été confiée à Ibuka Allemagne pour les deux prochaines années, sous la conduite de son président, Ing. Philbert Gakuba.

Il sera accompagné d'Eugène Mutabazi, président d'Ibuka Belgique, comme administrateur, d'Albert Mukwiye, d'Ibuka Suisse, comme secrétaire, et de Christian Ngarambe, d'Ibuka Allemagne, comme trésorier.

Transmettre la mémoire du génocide sans transmettre les traumatismes

En prélude à l'assemblée générale, le Collectif a organisé, le 30 octobre, au Press Club Brussels Europe, un colloque autour de deux thèmes : la transmission intergénérationnelle de la mémoire du génocide contre les Tutsi et ses conséquences sur la santé mentale, ainsi que les acquis des procès contre les génocidaires organisés en Europe et leur contribution à la lutte contre le négationnisme.

Le premier volet a porté sur les moyens de transmettre cette mémoire aux nouvelles générations sans leur faire porter les traumatismes vécus par les survivants. Les échanges ont notamment abordé l'appropriation de cet héritage par les descendants, ses répercussions sur leur santé mentale et leur responsabilité dans sa transmission.

Cette réflexion a réuni Esther Mujawayo, rescapée du génocide, thérapeute et cofondatrice de l'AVEGA (Association des veuves du génocide des Tutsi), ainsi que deux descendantes de rescapés, Impundu et Igihozo.

S'appuyant sur son expérience de rescapée, de veuve et de mère, Esther Mujawayo a insisté sur l'importance de transmettre la mémoire sans limiter les récits aux atrocités du génocide. Elle a plaidé pour que les familles évoquent également la vie des personnes disparues, leurs souvenirs heureux, leurs joies et les moments partagés, afin de préserver leur histoire au-delà des circonstances de leur mort.

Elle a également souligné le rôle des formes discrètes de transmission familiale, notamment les silences, les interjections non lexicales et les expressions paraverbales propres à la culture rwandaise, qui permettent parfois de transmettre une mémoire lorsque les mots manquent pour raconter l'indicible.

La génération des descendants : entre héritage, quête identitaire et reconstruction

Nées après le génocide, Impundu et Igihozo n'ont pas directement vécu les événements de 1994, mais en portent l'héritage à travers l'histoire de leurs parents rescapés.

Leurs témoignages ont montré que la transmission familiale est parfois complexe et non linéaire. Bien que le génocide ait marqué leur quotidien, leurs parents éprouvaient des difficultés à en parler, probablement pour les protéger de la souffrance liée à cette histoire.

Face à ces silences, les deux jeunes femmes ont entrepris une quête de compréhension en recherchant des informations en dehors du cercle familial, notamment à travers les commémorations, les lectures et les échanges avec leurs pairs. Elles ont ainsi progressivement construit leur propre compréhension du génocide et de l'histoire de leurs familles.

Toutes deux artistes, elles ont trouvé dans l'expression artistique un moyen de s'approprier leur histoire et de donner du sens à cet héritage. Elles ont également évoqué les obstacles culturels à la transmission, notamment la discrétion, la pudeur lorsqu'il s'agit de raconter son vécu et le respect dû aux aînés, des valeurs qui peuvent compliquer l'accès à certaines vérités familiales. Elles ont expliqué avoir dû dépasser ces freins pour mieux comprendre leur histoire.

Désormais davantage conscientes de leur rôle dans la transmission, elles ont aussi alerté sur la persistance de l'idéologie génocidaire dans certains milieux de la jeunesse de la diaspora africaine en Europe, particulièrement sur les réseaux sociaux. Elles considèrent ainsi la transmission de la mémoire comme un engagement citoyen et une responsabilité dans la lutte contre le négationnisme et l'idéologie génocidaire.

Les deux intervenantes ont également évoqué les répercussions de cette quête sur leur santé mentale. Elles ont expliqué avoir eu recours à un accompagnement thérapeutique, qui les a aidées à comprendre leur histoire et à porter un regard plus bienveillant sur leurs parents, notamment sur les difficultés qu'ils ont rencontrées pour transmettre l'indicible.

Salués par le public pour leur sincérité et leur courage, leurs témoignages ont souligné la nécessité d'adapter les modes de transmission aux différentes générations, sans minimiser les souffrances des survivants ni négliger les besoins de leurs descendants.

La justice, un rempart essentiel contre le négationnisme

La seconde partie du colloque a réuni l'historien Dr Marcel Kabanda, président d'Ibuka France, et les avocats Éric Gillet et Michèle Hirsch autour des acquis judiciaires dans la lutte contre le négationnisme.

Les intervenants ont souligné l'importance des procès pour génocide organisés en Europe, qui ont permis de constituer, grâce aux témoignages, aux interventions des différentes parties et aux outils juridiques mobilisés, des ressources essentielles pour la connaissance, la formation et la jurisprudence. Ils ont insisté sur la nécessité de transmettre ces acquis aux nouvelles générations de professionnels afin de préserver l'expérience accumulée et de faciliter le traitement judiciaire d'autres crimes de même nature.

Me Éric Gillet a rappelé que le négationnisme ne se limite pas à la contestation explicite des faits historiques. Lorsqu'il n'est pas combattu, il peut banaliser la haine et les discours violents, créant ainsi les conditions de nouvelles violences, voire d'un nouveau génocide. Sa prévention constitue donc un enjeu essentiel.

Il a également dénoncé les discours négationnistes ouvertement exprimés par certains avocats défendant des personnes présumées génocidaires et par certains témoins au cours des procès. Il a toutefois relevé que ces discours n'avaient pas influencé les verdicts des cours d'assises. Au contraire, ils avaient permis aux avocats des victimes et aux procureurs de mettre en évidence les mécanismes et les stratégies négationnistes véhiculés par les génocidaires.

De son côté, Me Michèle Hirsch a exprimé son inquiétude face à la progression des discours négationnistes et génocidaires dans la région des Grands Lacs, particulièrement en République démocratique du Congo, ainsi qu'au sein de la diaspora. Elle a appelé les associations comme Ibuka et toutes les personnes attachées à la justice et aux valeurs humaines à redoubler d'efforts et à intensifier les initiatives contre ces idéologies.

Faire vivre la mémoire pour prévenir la répétition de l'histoire

Au terme du colloque, les échanges ont fait ressortir une conviction commune : la préservation de la mémoire du génocide contre les Tutsi exige un engagement constant en faveur de la vérité, de la justice et de sa transmission aux générations futures.

Les témoignages ont rappelé la nécessité de tenir compte des réalités humaines et psychologiques de chaque génération, en conciliant devoir de mémoire, respect des souffrances des survivants et appropriation de l'histoire par leurs descendants, sans leur faire porter seuls le poids des traumatismes.

Les discussions sur les acquis judiciaires ont, quant à elles, souligné que la justice ne constitue pas seulement une réponse aux crimes commis, mais aussi un outil de connaissance, de reconnaissance des victimes et de prévention de leur répétition.

À travers ce colloque et son assemblée générale, le Collectif des associations Ibuka d'Europe réaffirme ainsi son engagement à poursuivre le travail de mémoire, de justice et de transmission au Rwanda comme au sein de la diaspora, afin de défendre la vérité historique, combattre les idéologies génocidaires et contribuer à bâtir une société fondée sur la vérité, l'amour et le vivre-ensemble.

Dr Philibert Gakwenzire, président d'Ibuka Rwanda
Dr Ing. Honorine Mujyambere, présidente d'Ibuka en Italie
Me Michèle Hirsch a exprimé ses inquiétudes face à la montée des discours négationnistes et de l'idéologie génocidaire dans la région des Grands Lacs
Me Éric Gillet a averti que le négationnisme et le révisionnisme du génocide peuvent prendre des formes indirectes et dissimulées qui, lorsqu'elles ne sont pas combattues, banalisent la haine et l'idéologie génocidaire, au risque de favoriser la répétition de telles atrocités
Dr. Marcel Kabanda, président d'Ibuka France
Esther Mujawayo, rescapée du génocide contre les Tutsi, spécialiste de la prise en charge des traumatismes psychologiques et cofondatrice de l'association AVEGA
Murangira César, président d'Ibuka en Suisse
Lina Mukandoli, écrivaine
Igihozo et Impundu, enfants de survivants du génocide contre les Tutsi, ont témoigné de la transmission de la mémoire lors d'un panel avec Esther Mujawayo sur le thème " Transmission de la mémoire et santé mentale "
La rencontre a réuni les présidents des dix associations Ibuka en Europe : Belgique, Suisse, France, Pays-Bas, Italie, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande et Luxembourg

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Source : https://new.igihe.com/french/ibuka-europe-memoire-transmission-et-justice-au-coeur-dun-colloque-organise-a-bruxelles/

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