Les journalistes congolais étalent l'impréparation de Tshisekedi #rwanda #RwOT

webrwanda
0

Or, loin de se consolider, elle semble au contraire s'être progressivement fragilisée sous l'effet conjugué de l'improvisation, des contradictions répétées et d'une tendance préoccupante à la dilution permanente des responsabilités.

A chaque défaillance révélée, à chaque approximation exposée ou à chaque promesse démentie par les faits, le recours systématique à des boucs émissaires apparaît désormais comme une mécanique de défense politique devenue presque réflexe : tantôt les collaborateurs auraient " mal informé " le chef de l'État, tantôt certains services auraient failli, tantôt des acteurs extérieurs seraient responsables des insuffisances constatées.

Une telle posture finit toutefois par installer un paradoxe profondément déstabilisateur au sommet de l'État : celui d'un pouvoir qui revendique les prérogatives de l'autorité sans jamais assumer pleinement le poids des conséquences qui en découlent.

Car gouverner ne consiste pas seulement à incarner la fonction présidentielle dans les périodes favorables ; cela implique également d'endosser la responsabilité des erreurs, des incohérences et des échecs produits sous son propre magistère.

A mesure que s'accumulent les justifications circonstancielles et les désignations de responsables secondaires, c'est la crédibilité même de la parole présidentielle qui se trouve atteinte, donnant l'image d'un pouvoir davantage préoccupé par l'organisation de sa propre disculpation que par l'affirmation d'une vision claire, cohérente et assumée devant la nation.

La récente conférence de presse du président Félix Tshisekedi, censée rassurer l'opinion nationale sur l'état du pays et la conduite des affaires publiques, aura finalement produit l'effet inverse. Ce qui devait constituer un exercice d'autorité, de pédagogie politique et de clarification stratégique s'est progressivement transformé en une démonstration inquiétante d'impréparation, d'improvisation et de fragilité communicationnelle.

Et fait révélateur, ce ne sont pas uniquement les adversaires politiques du chef de l'État qui en ont dressé le constat sévère, mais une partie significative des analystes et journalistes de Kinshasa eux-mêmes, de Alain Bolondji à Jean-Marie Kassamba, en passant par plusieurs chroniqueurs de Top Congo FM, dont les commentaires traduisent une profonde déception face à la pauvreté des réponses apportées.

Le malaise est d'autant plus profond qu'après sept années d'exercice du pouvoir, l'argument de l'apprentissage ne saurait encore être invoqué. À ce stade d'un mandat présidentiel, une nation attend une vision structurée, une doctrine cohérente, des priorités clairement hiérarchisées ainsi qu'une capacité de projection politique.

Or, à travers cette prestation présidentielle, beaucoup n'ont perçu qu'une succession de justifications hésitantes, de contradictions embarrassantes et de formulations approximatives.

Le déficit de vision apparaît désormais comme l'une des critiques centrales adressées au régime. Car même en admettant, par hypothèse, l'existence d'un projet politique structuré, encore faudrait-il disposer d'un appareil capable de le porter, de le défendre et de le mettre en œuvre.

Or, au sommet même de la majorité présidentielle, les fractures internes deviennent de plus en plus visibles. Entre les querelles intestines au sein de l'Union pour la démocratie et le progrès social, les rivalités opposant le secrétaire permanent de l'Union sacrée de la nation, Pr André Mbata, aux autres composantes de la coalition, ainsi que la marginalisation progressive de figures politiques majeures telles que Modeste Bahati Lukwebo ou Vital Kamerhe, le pouvoir donne l'image d'un édifice miné par les guerres d'ego et les luttes de positionnement.

L'épisode du Sankuru demeure, à cet égard, particulièrement révélateur : voir deux candidats gouverneurs s'affronter, l'un sous la bannière de l'UDPS et l'autre au nom de l'Union sacrée, illustre parfaitement l'absence de cohésion, de synergie et de coordination au sein de la majorité.

Cette désarticulation du pouvoir nourrit l'impression d'un régime fonctionnant davantage par réflexes circonstanciels que par stratégie concertée.

Quand l'approximation devient une méthode de gouvernement

Mais c'est surtout sur la question sécuritaire que les insuffisances présidentielles sont apparues avec le plus de brutalité. Dans un pays confronté à une crise existentielle à l'Est, marqué par l'instabilité militaire, les déplacements massifs de populations et la perte de contrôle de plusieurs zones stratégiques, la parole présidentielle ne peut souffrir ni légèreté ni approximation.

Déclarer publiquement avoir été " induit en erreur " ou avoir reçu de mauvaises informations constitue moins un aveu d'humilité qu'une reconnaissance implicite de défaillance dans la chaîne du commandement et du renseignement.

Une conférence de presse présidentielle n'est pas un exercice improvisé. Elle se prépare minutieusement. Les éléments de langage sont élaborés, les scénarios de questions anticipés, les données vérifiées et les réponses calibrées afin de convaincre l'opinion, rassurer les partenaires et projeter une image d'autorité maîtrisée.

Or ici, l'impression dominante fut celle d'un exercice désordonné, pauvrement structuré et dépourvu de cohérence stratégique.

Les contradictions se sont accumulées avec une étonnante facilité. Affirmer être prêt à briguer un troisième mandat, alors même que la Constitution fixe des limites claires, revient à ouvrir délibérément une zone de turbulence institutionnelle dont le chef de l'État, en tant que garant de la Constitution, devrait pourtant être le premier protecteur.

Plus troublant encore, soutenir simultanément que les élections ne pourraient être organisées tant que le pays demeure en guerre, tout en affirmant vouloir soumettre une révision constitutionnelle par voie référendaire, relève d'une contradiction majeure. Un référendum étant lui-même une consultation électorale, cette argumentation s'effondre sous le poids de sa propre incohérence.

La communication sur l'accord évoqué avec les États-Unis concernant l'accueil de migrants n'a pas davantage convaincu. Les hésitations, les formulations imprécises et l'absence de pédagogie politique ont laissé place à une confusion générale. Dans un contexte où la souveraineté nationale demeure une question hypersensible, toute ambiguïté devient immédiatement source de suspicion et d'inquiétude.

L'épisode relatif au prétendu classement de la RDC comme " cinquième économie africaine " aura probablement constitué l'un des moments les plus embarrassants de cette conférence. Voir des journalistes procéder en direct à des vérifications démontrant que le pays ne figure même pas parmi les dix premières économies du continent a considérablement affaibli la crédibilité de la parole présidentielle.

Car une autorité politique qui multiplie les approximations statistiques finit inévitablement par fragiliser la confiance publique. Et lorsque l'explication avancée demeure une nouvelle fois celle d'avoir été " mal informé ", c'est toute la structure de gouvernance qui apparaît défaillante.

Enfin, l'apothéose de cette séquence réside sans doute dans cette tendance récurrente à invoquer la volonté divine pour suppléer l'absence de réponses concrètes. Que la foi personnelle inspire un dirigeant relève de sa liberté intime ; mais lorsqu'elle devient un substitut à l'action politique, à la responsabilité gouvernementale et à l'argumentation factuelle, elle cesse d'être un refuge spirituel pour devenir un aveu d'impuissance.

Un chef d'État est attendu sur le terrain des décisions, des résultats et des orientations stratégiques, non dans la délégation du destin national à la providence.

Cette conférence de presse aura donc agi comme un révélateur brutal : celui d'un pouvoir qui peine à articuler une vision cohérente, à discipliner sa majorité, à maîtriser sa communication et à rassurer une population de plus en plus désabusée.

Et lorsque ce sont désormais les journalistes congolais eux-mêmes qui exposent publiquement les failles du sommet de l'État, le problème cesse d'être celui de l'opposition. Il devient celui de la crédibilité même de la magistrature suprême.

La conférence de presse du président Félix Tshisekedi a été perçue comme un moment d'impréparation et de faiblesse communicationnelle, critiquée même par certains analystes et journalistes de Kinshasa, dont Jean-Marie Kassamba

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Les-journalistes-congolais-etalent-l-impreparation-de-Tshisekedi.html

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Enregistrer un commentaire (0)