Felix Tshisekedi ou la rhétorique de l'équivoque #rwanda #RwOT

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Lorsqu'un chef d'État, s'exprimant face à la presse et sous le regard vigilant des caméras de la télévision nationale, affirme d'abord que le M23 fut invité à Kinshasa sur son initiative, avant de suggérer dans le même souffle que l'invitation aurait pu émaner de son ministre de l'Intérieur d'alors, Gilbert Kankonde voire que les intéressés se seraient introduits d'eux-mêmes à son insu, il ne s'agit plus d'une simple maladresse. C'est une mise en péril de la cohérence même de la parole publique.

La fonction présidentielle impose une rigueur verbale qui ne souffre ni l'à-peu-près ni l'ambivalence. La parole du chef de l'État n'est pas un propos ordinaire ; elle est acte, elle est orientation, elle est responsabilité.

Or, dans cette déclaration aux contours changeants, l'affirmation initiale se dissout aussitôt dans une hypothèse contradictoire, laissant le citoyen face à un vertige : qui parle ? L'homme d'État sûr de ses décisions ou l'orateur improvisé qui se dédit en temps réel ?

Cette oscillation entre certitude proclamée et doute insinué ne saurait être anodine. Elle instille le soupçon, affaiblit l'autorité et brouille la lisibilité de l'action gouvernementale. Gouverner, c'est décider ; décider, c'est assumer. Introduire l'équivoque au cœur d'un sujet aussi grave revient à substituer l'improvisation à la maîtrise, la fluctuation à la constance.

L'inconstance érigée en méthode

Ce qui inquiète davantage encore n'est pas l'incohérence ponctuelle, mais la répétition d'un schéma : dire une chose et son contraire, affirmer puis relativiser, revendiquer puis suggérer l'ignorance. Une telle posture, si elle devient récurrente, cesse d'être accidentelle ; elle s'apparente à une méthode de gouvernement par le brouillard.

La République ne se fortifie pas dans l'ambiguïté. Elle exige une parole claire, une mémoire fidèle des faits, une continuité entre le dire et le faire. Lorsque la déclaration publique se transforme en terrain d'expérimentation rhétorique, le débat démocratique s'appauvrit et la confiance civique se fragilise. L'État ne peut prospérer dans la confusion narrative ; il se construit sur la constance et la responsabilité assumée.

Il ne s'agit pas ici d'un simple faux pas médiatique. Il s'agit d'un enjeu institutionnel. Car si la magistrature suprême se permet l'incohérence sans conséquence, c'est toute la hiérarchie des responsabilités qui s'en trouve relativisée. La parole présidentielle doit éclairer ; elle ne peut se permettre d'obscurcir.

À défaut, l'Histoire retiendra moins les justifications ultérieures que l'impression laissée : celle d'un pouvoir capable, dans une même déclaration, d'embrasser l'affirmation et sa négation et d'ériger cette contradiction en style.

Tshisekedi a d'abord affirmé à la télévision nationale que le M23 avait été invité à Kinshasa sur son initiative, avant de laisser entendre que l'invitation serait venue de son ministre de l'Intérieur ou que le groupe s'était présenté à son insu

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Felix-Tshisekedi-ou-la-rhetorique-de-l-equivoque.html

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