L'alliance manifeste avec les FDLR, le recours systématique à des discours de haine pour légitimer des opérations militaires et la mobilisation de mercenaires étrangers constituent une violation flagrante des principes fondamentaux du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes des Nations unies.
Dans ces conditions, l'inaction ou la tolérance des instances internationales à l'égard de Kinshasa s'apparente à un affaiblissement du cadre normatif destiné à protéger les populations civiles et à prévenir l'instauration d'un climat de guerre prolongée.
Le cessez-le-feu de Doha et de Washington à l'épreuve de la réalité
Les médiateurs africains, américains et qataris, investis depuis plusieurs mois dans la recherche d'une désescalade à l'Est de la République démocratique du Congo, assistent aujourd'hui à l'effondrement progressif des demandes .
Le 18 février 2026, un cessez-le-feu avait été négocié, par l'entremise de l'Angola, afin de permettre non seulement la réduction des hostilités, mais aussi la mise en place d'un couloir humanitaire en faveur des populations civiles. Ce mécanisme constituait un instrument de confiance indispensable à toute avancée diplomatique et humanitaire.
Pourtant, à peine quelques jours, des violations graves ont été enregistrées, attribuées directement aux forces gouvernementales de Kinshasa. L'utilisation de drones militaires pour cibler une position de l'AFC-M23 à Rubaya, le 24 février 2026, a coûté la vie au porte-parole militaire du mouvement, Colonel Willy Ngoma. Une telle opération, opérée dans un contexte de cessez-le-feu officiel, fragilise non seulement la crédibilité des accords, mais compromet également l'ensemble de l'architecture diplomatique mise en place par les garants internationaux.
L'émissaire américain Massad Boulos, qui avait récemment appelé au strict respect du cessez-le-feu et menacé de sanctions les parties responsables de violations, demeure silencieux face à ces événements, suscitant un étonnement justifié parmi les observateurs et les acteurs humanitaires sur le terrain.
Ambiguïté stratégique et impunité organisée
Sur le terrain, la stratégie de Kinshasa repose sur une ambiguïté soigneusement entretenue. Les FARDC continuent de s'appuyer sur les milices Wazalendo, officiellement placées sous le contrôle du ministère congolais de la Défense et encadrées par les officiers généraux Mayanga et Padiri. Ces groupes revendiquent publiquement plusieurs succès militaires, dont la neutralisation des banyamulenge tout en restant politiquement dissociés des opérations.
Or, l'interpénétration des Wazalendo avec les unités spéciales des FARDC, des forces armées burundaises et des FDLR, le tout soutenu par des mercenaires étrangers pour le pilotage des drones, révèle un dispositif hybride où l'État congolais se donne le bénéfice des résultats militaires, politique et juridique face aux violations.
Cette ambiguïté entretient l'impunité et mine la confiance indispensable à la poursuite du processus diplomatique. L'absence de réaction publique de la commissaire européenne aux affaires humanitaires, malgré ses efforts antérieurs pour négocier l'ouverture de couloirs humanitaires, illustre le paralysie des institutions face à la réalité du terrain.
Conséquences humanitaires et limites de l'influence internationale
Les combats, qui impliquent les FARDC, les milices burundaises, les FDLR et des mercenaires étrangers, continuent de faire des victimes civiles et militaires. Le ciblage d'une figure militaire majeure comme Willy Ngoma risque d'entraîner des représailles et d'aggraver l'instabilité.
L'administration américaine de Donald Trump, partie prenante des accords de Washington, se heurte aux limites de son influence dans un conflit enraciné dans des dynamiques sécuritaires, économiques et géopolitiques complexes.
La priorité accordée par Washington aux minerais stratégiques dans la région laisse craindre que l'Est de la RDC demeure un théâtre permanent de confrontations, malgré les engagements formels de cessez-le-feu.
En définitive, la combinaison d'une stratégie militaire ambiguë, de l'absence de sanctions effectives et de la persistance de discours de haine orchestrés par l'État congolais signe une érosion inquiétante des instruments de gouvernance régionale et internationale.
Elle illustre la difficulté, sinon l'impuissance, des médiateurs à imposer la primauté du droit et de l'humanité sur les calculs d'intérêt politique et économique.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Echec-des-mediations-et-persistance-de-l-escalade-a-l-Est-de-la-RDC.html