La dangereuse dérive de la communication d'Etat en RDC #rwanda #RwOT

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Derrière le voile de cette nouvelle déclaration de paix, que d'aucuns présentent comme une avancée majeure vers la décrispation de la crise à l'Est de la République démocratique du Congo, se tapit une réalité bien plus nuancée, voire inquiétante.

Dans un empressement communicationnel aux relents de triomphalisme malvenu, le gouvernement congolais par la voix de son porte-parole, le ministre de la communication Patrick Muyaya s'est livré à une interprétation singulièrement orientée de ce document, y projetant des clauses absentes et des engagements que nul ne peut raisonnablement inférer à la lecture du texte.

En érigeant cette déclaration en victoire diplomatique, Kinshasa trahit non seulement la prudence stratégique requise en pareille conjoncture, mais surtout l'esprit même de l'accord, dont l'ambiguïté calculée exigeait, au contraire, une extrême réserve.

Ainsi se dessine le risque, chaque jour plus tangible, que cette paix tant espérée, au lieu d'être consolidée, soit compromise dès ses premiers balbutiements, minée par une communication déconnectée du réel, qui confond desiderata politiques et stipulations juridiques.

Les tentatives de pacification de la région orientale de la République Démocratique du Congo s'égrènent comme autant de promesses différées, sans cesse renouvelées et presque toujours trahies.

Ce texte diplomatique, dont la portée juridique demeure éminemment symbolique, stipule un " cessez-le-feu permanent ", proscrivant " toute attaque de quelque nature que ce soit ainsi que toute tentative de modification des positions sur le terrain par la force ".

Par cet arrangement, le statu quo militaire se voit ainsi figé, consacrant de facto l'occupation prolongée de vastes portions du territoire national par les forces rebelles.

L'oubli stratégique : zones grises et silences préoccupants

Mais si le cessez-le-feu consigne les lignes actuelles du front, l'essentiel demeure relégué dans une ombre épaisse : ni le désarmement effectif des rebelles ni leur cantonnement n'y sont évoqués. Plus préoccupant encore, aucune clause coercitive n'encadre la mise en œuvre des engagements souscrits. Aucune instance n'est désignée pour veiller à leur respect, ni aucune sanction pour en prévenir la violation.

Dans un contexte régional marqué par l'érosion successive des espoirs de paix, l'adoption de cette nouvelle déclaration, bien que non contraignante dans sa forme, mérite d'être saluée pour ce qu'elle incarne : une volonté réaffirmée, de part et d'autre, de rompre avec la spirale des antagonismes et de rétablir, fût-ce progressivement, les fondements d'un vivre-ensemble pacifié.

Le texte issu de la médiation conduite avec une ténacité remarquable par les bons offices de partenaires extérieurs traduit un engagement réciproque à renoncer à la violence comme mode de résolution des différends, et à privilégier la voie du dialogue comme horizon partagé.

Si les garanties juridiques restent à consolider, la portée symbolique de cet accord n'en est pas moins profonde : il redonne voix à l'espérance dans les provinces meurtries du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où des populations exsangues attendent avec ferveur la fin des hostilités et le retour d'un ordre civil légitime.

En cela, cette déclaration constitue moins un achèvement qu'un jalon fondateur, porteur d'une dynamique nouvelle, où la diplomatie se fait, non plus échappatoire, mais promesse tangible de restauration de la paix et de la souveraineté.

De la parole gouvernementale à la mystification : la dangereuse dérive de la communication d'État
Dans ce contexte marqué, les propos tenus par le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, relèvent d'une dérive préoccupante. En saluant l'accord comme un triomphe de la ligne rouge de Kinshasa, à savoir, le retrait sans conditions de l'AFC/M23 des zones occupées, le ministre s'engage dans une entreprise de désinformation manifeste, travestissant la réalité du texte signé.

Car, en vérité, ladite déclaration ne stipule nullement une obligation explicite de retrait ni ne prévoit les modalités concrètes de ce retrait. La jubilation officielle contraste donc violemment avec le contenu juridique du document, et cette dissociation entre le verbe gouvernemental et la réalité factuelle constitue un grave manquement à la rigueur exigible dans la conduite des affaires publiques.

Une telle manipulation du discours, loin de renforcer la position diplomatique de Kinshasa, affaiblit son crédit et expose davantage la nation à l'illusion stratégique et au désarmement moral.

Le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole Patrick Muyaya, a livré une lecture biaisée de l'accord, y prêtant des clauses et engagements inexistants

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-dangereuse-derive-de-la-communication-d-Etat-en-RDC.html

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