Aux côtés de son époux français, Alain Gauthier, elle avait consacré une grande partie de sa vie à identifier et poursuivre en justice des personnes soupçonnées d'avoir participé au génocide et résidant en France.
En 2001, le couple avait fondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une organisation qui a recueilli des témoignages et des éléments de preuve à charge utilisés dans plusieurs procédures judiciaires en France.
Leur travail consistait notamment à identifier les personnes soupçonnées d'avoir participé au génocide contre les Tutsi, à rechercher des preuves au Rwanda, à rencontrer des rescapés et des détenus et à constituer des dossiers destinés à la justice française.
Dafroza apportait également sa connaissance du kinyarwanda, de l'histoire et du contexte rwandais, notamment dans la traduction et l'interprétation de documents utilisés dans les procédures judiciaires.
Une histoire personnelle marquée par le génocide
Née à Butare en 1954, Dafroza Mukarumongi avait étudié la chimie à l'université en France. Elle avait rencontré Alain Gauthier alors que celui-ci enseignait au Rwanda. Ils s'étaient ensuite mariés et installés en France, où ils se trouvaient au moment du génocide perpétré contre les Tutsi. Le couple a eu trois enfants.
Marquée à jamais par le génocide, elle a perdu près de 80 membres de sa famille.
En février 1994, Dafroza se trouvait encore à Kigali. Face à la dégradation de la situation sécuritaire, sa mère lui avait conseillé de retourner en France. Elle avait tenté de convaincre les membres de sa famille de quitter le pays, sans succès. Elle ne les a plus revus.
Après le génocide contre les Tutsi, elle et son époux ont commencé, dès 1996, leur engagement en faveur de la justice. Cinq ans plus tard, ils ont créé le CPCR.
Leur engagement a également été reconnu par le Rwanda. Le 18 novembre 2017, le Président Paul Kagame leur a décerné la Médaille de l'Igihango', une distinction attribuée aux individus ayant contribué au renforcement de l'amitié et de la coopération entre le Rwanda et d'autres pays, ainsi qu'au rayonnement du Rwanda et des Rwandais à l'étranger.
Dafroza et Alain Gauthier intervenaient également dans des écoles et des universités pour parler de l'histoire du génocide, contribuer à sa transmission auprès des jeunes et lutter contre le négationnisme.
Pour Dafroza, les procès ne se limitaient pas à établir les responsabilités pénales. Ils permettaient également de redonner une identité aux victimes en faisant connaître leurs noms, leurs parcours et ce qu'elles avaient vécu, plutôt que de les réduire à de simples chiffres.
Leur parcours a été retracé dans le livre Rwanda, à la poursuite des génocidaires, publié en 2023. L'ouvrage a été réalisé par le journaliste Thomas Zribi avec l'illustrateur Damien Roudeau, tandis que sa préface a été signée par l'artiste et écrivain Gaël Faye.



