Quand l'université trahit ses étudiants : le témoignage d'Assumpta Numukobwa #rwanda #RwOT

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À travers ce récit, l'auteure cherche à préserver la mémoire des étudiants victimes du génocide sur le campus de l'Université nationale du Rwanda à Butare et à interroger la responsabilité morale des institutions éducatives face à la haine et à la violence.

Son livre s'inscrit à la fois comme un témoignage personnel, un acte de mémoire et une réflexion profonde sur le rôle de l'éducation dans la formation des consciences humaines.

Une enfance construite autour de l'éducation et des valeurs

Le récit s'ouvre sur l'enfance de l'auteure à Kigali, dans une famille profondément attachée aux valeurs chrétiennes, à la solidarité et à l'importance de l'éducation. Malgré les difficultés économiques et le contexte politique instable du Rwanda de l'époque, ses parents encouragent leurs enfants à poursuivre leurs études et à croire en l'avenir.

Assumpta Numukobwa évoque ses premières années d'école avec émotion, retraçant son parcours scolaire depuis l'enseignement primaire jusqu'à son admission au Lycée Notre-Dame de Cîteaux à Kigali. Dans cet établissement réputé, elle découvre un univers d'apprentissage, d'activités culturelles et de mouvements de jeunesse qui jouent un rôle important dans sa formation personnelle.

Ces expériences contribuent à forger son caractère, à développer son sens de la responsabilité et à nourrir son ambition de poursuivre des études supérieures.

Mais derrière cette vie scolaire relativement normale se cache déjà une réalité plus sombre : la société rwandaise est traversée par des tensions ethniques profondes et des discriminations persistantes à l'égard des Tutsi.

Le rêve universitaire

Après ses études secondaires, Assumpta Numukobwa commence par enseigner brièvement dans une école primaire. Encouragée notamment par son frère Emmanuel, elle décide de poursuivre son rêve d'études supérieures et obtient finalement une bourse qui lui permet d'intégrer la faculté de médecine de l'Université nationale du Rwanda à Butare.

Pour la jeune étudiante, l'université représente alors l'aboutissement d'un rêve. Elle imagine cet espace comme un lieu de liberté intellectuelle, de découverte et de construction de l'avenir.

Le campus de Butare apparaît comme un environnement dynamique et stimulant : bâtiments universitaires, bibliothèques, jardins, résidences étudiantes et espaces de rencontre créent un cadre propice aux échanges et à la formation des futurs cadres du pays.

Mais très vite, l'auteure réalise que l'université n'est pas totalement à l'abri des tensions politiques qui traversent la société rwandaise. Les étudiants se divisent selon leurs appartenances politiques et ethniques, et l'influence des partis politiques commence à s'immiscer dans la vie universitaire.

Malgré ces tensions, la vie étudiante continue : les cours, les discussions, les amitiés et les projets d'avenir rythment le quotidien des jeunes.

Les signes avant-coureurs de la tragédie

Au début des années 1990, le Rwanda entre dans une période de profondes turbulences politiques. La guerre déclenchée en 1990 par le Front patriotique rwandais, l'introduction du multipartisme et les rivalités entre partis politiques contribuent à radicaliser les discours.

Sur le campus universitaire, ces divisions deviennent de plus en plus visibles. Les étudiants participent à des réunions politiques et les discours de haine circulent ouvertement.

La propagande médiatique, notamment diffusée par la radio RTLM, contribue à attiser la haine contre les Tutsi. Le climat de méfiance et de tension se renforce progressivement.

Le 6 avril 1994, lorsque l'avion du président Juvénal Habyarimana est abattu, cet événement est aussitôt instrumentalisé par la frange extrémiste du Hutu Power comme un prétexte au déclenchement du génocide contre les Tutsi, lequel avait été planifié de longue date.

Ce qui devait être un lieu de savoir et de dialogue se transforme alors progressivement en un espace de peur et de violence.

Une université devenue lieu de trahison

Dans son témoignage, Assumpta Numukobwa décrit avec douleur comment l'université, censée protéger les étudiants, devient un lieu de dénonciation et de persécution.

Les étudiants tutsi sont traqués, isolés et menacés. Certains camarades, ainsi que des membres du personnel et des enseignants, participent activement à leur persécution.

La trahison est particulièrement douloureuse pour l'auteure, car elle provient souvent de personnes qu'elle connaissait : voisins de chambre, camarades de classe ou enseignants avec lesquels elle partageait auparavant les mêmes espaces de vie.

Peu à peu, la peur envahit le campus. Les réunions organisées sous prétexte de sécurité servent parfois à identifier les étudiants tutsi. Les informations diffusées par la radio sont utilisées pour désigner publiquement certaines personnes comme ennemies.

Assumpta Numukobwa raconte la disparition tragique de nombreux camarades et amis. Beaucoup d'étudiants sont arrêtés aux barrières, d'autres sont tués sur le campus ou dans ses environs.

Le livre rend hommage à ces étudiants dont les rêves et les ambitions ont été brutalement interrompus.

Survivre à l'indicible

Pendant plusieurs mois, l'auteure vit dans la peur constante de la mort. Elle doit se cacher, fuir et tenter d'échapper aux miliciens et aux tueurs.

Comme beaucoup d'autres survivants, elle assiste à la disparition de membres de sa famille et de ses amis.

Elle évoque les traumatismes psychologiques laissés par ces événements : les souvenirs douloureux, les cauchemars et la difficulté de reconstruire une vie après avoir vécu une telle violence.

Survivre signifie aussi porter le poids de la mémoire et celui des pertes irréparables.

Reconstruire et transmettre la mémoire

Après le génocide, Assumpta Numukobwa entreprend un long processus de reconstruction personnelle dans un pays profondément marqué par la tragédie.

Les institutions reprennent progressivement leurs activités et les survivants tentent de reconstruire leur vie.

L'auteure parvient à reprendre une vie professionnelle et familiale, mais les souvenirs du génocide restent profondément ancrés dans sa mémoire.

C'est ce devoir de mémoire qui la pousse à témoigner régulièrement, notamment lors des commémorations organisées sur le campus universitaire de Butare, aujourd'hui intégré à l'Université du Rwanda.

Ces témoignages l'amènent finalement à écrire L'Université m'a trahie, afin de préserver la mémoire des étudiants victimes du génocide et de transmettre leur histoire aux générations futures.

Une réflexion sur le rôle de l'éducation

Au-delà du témoignage personnel, le livre pose une question fondamentale : comment une institution censée transmettre le savoir a-t-elle pu devenir un lieu de participation au génocide ?

Pour l'auteure, la tragédie révèle un écart profond entre le savoir académique et les valeurs humaines. Les diplômes et les connaissances scientifiques ne garantissent pas nécessairement la moralité ou le respect de la vie humaine.

Sans éthique et sans conscience, l'éducation peut être détournée et servir les idéologies les plus destructrices.

Le témoignage d'Assumpta Numukobwa constitue ainsi un appel à la responsabilité des institutions éducatives. L'éducation ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi former des citoyens capables de défendre la dignité humaine et de résister à la haine.

Un témoignage pour l'histoire

À travers " L'Université m'a trahie ", Assumpta Numukobwa rend hommage aux étudiants, aux amis et aux membres de sa famille qui ont perdu la vie pendant le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Son livre rappelle que la mémoire est essentielle pour comprendre le passé et prévenir la répétition de telles tragédies.

En racontant son histoire et celle de ses camarades, l'auteure contribue à préserver la vérité historique et à transmettre un message de vigilance, de justice et d'humanité.

Dans son Livre, Assumpta Numukobwa livre un témoignage autobiographique poignant sur son parcours avant, pendant et après le génocide contre les Tutsi
À travers ce récit, l'auteure cherche à préserver la mémoire des étudiants victimes du génocide contre les Tutsi sur le campus de l'Université nationale du Rwanda à Butare
Assumpta Numukobwa raconte la disparition tragique de nombreux camarades et amis
Pour l'auteure, la tragédie révèle un écart profond entre le savoir académique et les valeurs humaines
Le témoignage d'Assumpta Numukobwa constitue ainsi un appel à la responsabilité des institutions éducatives
Le livre d'Assumpta Numukobwa s'intitule " L'Université m'a trahie "
Selon l'auteure, le livre rappelle que la mémoire est essentielle pour comprendre le passé et prévenir la répétition de telles tragédies

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Karirima Aimable Ngarambe



Source : https://fr.igihe.com/Quand-l-universite-trahit-ses-etudiants-le-temoignage-d-Assumpta-Numukobwa.html

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