Les impulsions coloniales ont la vie dure : la guerre du 'Guardian' contre l'agence africaine #rwanda #RwOT

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Le fait que le journaliste, Eromo Egbejule, se soit confortablement installé à Abidjan pour disserter depuis Londres sur les affaires de la RCA souligne l'absurdité de l'exercice. Plus il était éloigné de Bangui, plus sa perception des faits était déformée.

S'il avait laissé prévaloir le simple bon sens, Eromo se serait épargné la farce morale et intellectuelle qui consiste à assimiler l'engagement sécuritaire rigoureux et multilatéral du Rwanda en RCA aux opérations clandestines brutales du groupe Wagner russe.

Mais au lieu de cela, il a eu recours à un schéma aussi familier qu'offensant : cette hypothèse condescendante selon laquelle les nations africaines seraient incapables d'agir de manière indépendante, stratégique ou éthique sans la supervision de leurs anciens colonisateurs.

Ce n'est pas du journalisme â€" c'est une instrumentalisation du récit, destinée à saper l'indépendance africaine. C'est une vieille habitude éditoriale déguisée en analyse géopolitique. Une relique d'une époque où des hommes blancs à Londres ou à Paris dictaient au monde ce qu'il fallait penser de l'Afrique, tout en réduisant les Africains eux-mêmes au silence. Les rédacteurs du Guardian devraient avoir honte de laisser leur plateforme servir à recycler ce paternalisme suffisant.

Appelons ce type d'écriture par son vrai nom : un réflexe colonial spontané. Une habitude mentale si profondément enracinée dans les institutions occidentales â€" médias inclus â€" que toute manifestation de capacité africaine n'est pas perçue comme prometteuse, mais comme menaçante.

Lorsque les pays occidentaux interviennent militairement, on parle de " stabilisation ". Lorsqu'ils dictent les politiques économiques d'États souverains, cela devient de " l'assistance ". Mais lorsque le Rwanda â€" un pays africain enclavé, ou mieux, relié à ses voisins par la terre, qui a surgi des horreurs du génocide pour devenir l'un des acteurs les plus organisés et visionnaires du continent â€" déploie des troupes dans le cadre d'accords légaux, multilatéraux ou bilatéraux, pour stabiliser un État frère, cela est aussitôt qualifié d'" expansionniste ", de " douteux " ou présenté comme le fruit d'une sombre collusion stratégique. C'est à la fois intellectuellement malhonnête et moralement indéfendable.

Un mensonge audacieux

L'article d'Egbejule place le Rwanda et la Russie sur un pied d'égalité, comme deux puissances rivales cherchant à étendre leur influence sur la RCA. C'est une équivalence profondément cynique â€" et malhonnête.

L'engagement du Rwanda en RCA repose sur des accords bilatéraux transparents avec le gouvernement centrafricain. Le déploiement de ses troupes s'effectue dans le respect des mandats des Nations Unies, avec l'autorisation explicite de l'Union africaine. Les Forces de défense rwandaises opérant en RCA le font à la lumière du jour, non dans l'ombre.

Les Forces de défense rwandaises (RDF) ne sont pas des mercenaires. Elles ne sont pas des pilleurs. Elles ne sont pas présentes pour extraire des minerais sous couvert de chaos.

Le groupe Wagner, en revanche, est une société militaire privée dont les agents sont accusés de crimes de guerre, de pillages et de tortures à des fins lucratives. Ils opèrent en dehors du droit international, hors de tout cadre de responsabilité. Assimiler la présence disciplinée et reconnue du Rwanda à celle des soldats de fortune russes constitue une falsification des faits et une insulte à la raison.

Pire encore, ce type d'équivalence contribue à discréditer les initiatives africaines de maintien et de consolidation de la paix, en les présentant comme fondamentalement suspectes dès lors qu'elles ne sont pas coordonnées par d'anciens colonisateurs. Voilà le véritable danger de la ligne éditoriale du Guardian : elle privilégie une pensée coloniale dépassée aux preuves contemporaines, et, ce faisant, sème la méfiance à l'égard des solutions africaines aux problèmes africains.

Au-delà de la sécurité

Le rôle du Rwanda en République centrafricaine dépasse largement le simple déploiement sécuritaire visant à patrouiller le pays. Le Rwanda porte une vision plus large en RCA â€" il contribue à la reconstruction des institutions fragilisées, forme les forces de sécurité locales selon des standards professionnels, investit dans l'agriculture, les télécommunications, les infrastructures, et soutient des réformes en matière de gouvernance.

Il n'y a rien de secret dans tout cela. Aucun plan dissimulé. Aucune armée privée. Ce ne sont pas les actes d'un empire opportuniste. Ce sont les actions d'un pays qui sait ce que signifie l'effondrement d'un État â€" et qui s'engage à aider une nation sœur africaine à échapper au même gouffre.

Mais dans le monde selon The Guardian, un pays africain doté d'un plan clair, d'une armée disciplinée et d'une boussole morale, c'est trop beau pour être vrai. Il doit forcément dissimuler quelque chose. Car dans cette vision du monde, les Africains sont des enfants qui ne grandissent jamais â€" des pupilles éternels d'un Occident soi-disant bienveillant.

C'est là un racisme qui ne dit pas son nom, mais qui se manifeste dans chaque adjectif suspicieux et chaque spéculation alarmiste.

Duplicité occidentale

Rappelons quelques vérités qui dérangent. Lorsque la France soutenait l'empereur Jean-Bédel Bokassa â€" un despote qui s'est couronné lui-même avec l'argent détourné du contribuable français et faisait donner ses opposants en pâture aux crocodiles â€" on appelait cela la " Françafrique ". Lorsque Paris imposait sa politique monétaire à ses anciennes colonies à travers le franc CFA, cela s'appelait un " partenariat ". Lorsque la Grande-Bretagne divisait des nations et installait des gouvernements fantoches en Afrique et au Moyen-Orient, on parlait de " civilisation ".

Quand les États-Unis lancent des frappes de drones dans des pays souverains ou conditionnent leur aide à une coopération militaire, c'est pour assurer la " sécurité régionale ". Mais lorsque le Rwanda en fait bien moins â€" et le fait en toute transparence â€" c'est " suspect ".

C'est ce dégoûtant deux poids, deux mesures que l'article d'Egbejule met crûment en lumière. Lorsque le Nord blanc agit, c'est une hégémonie compatissante. Lorsque le Sud noir agit positivement, c'est une manœuvre prédatrice.

Le véritable malaise du Guardian ne réside pas dans les actions du Rwanda, mais dans son indépendance. Dans son refus de suivre le scénario écrit pour lui. Dans sa capacité à stabiliser des régions sans en demander l'autorisation aux anciennes métropoles. Ce malaise se déguise aujourd'hui en curiosité journalistique â€" mais sa nudité est flagrante.

Peut-être l'aspect le plus insultant de cet article réside-t-il dans la manière implicite dont il présente les nations africaines â€" en particulier le Rwanda â€" comme incapables de pensée stratégique sans supervision. C'est la logique coloniale remise au goût du jour : l'Afrique ne peut pas agir par elle-même, elle ne peut qu'être agie.

En remettant en question les motivations du Rwanda, non pas sur la base de faits ou de résultats, mais uniquement par suspicion géopolitique, The Guardian envoie un message clair à ses lecteurs : les pays africains doivent rester des récipiendaires d'aide, non des pourvoyeurs.

Quelle proposition arrogante et honteuse. Le Rwanda et la République centrafricaine ont le droit â€" et même le devoir â€" de bâtir des alliances stratégiques et d'agir pour la stabilité régionale. Ce n'est pas de " l'ambition ". C'est du leadership. Et l'Afrique a cruellement besoin de plus de leadership de ce type.

Les Rwandais ne réclament pas l'immunité face à la critique. Le Rwanda n'est pas parfait. Aucun pays ne l'est. Mais la critique doit s'appuyer sur des faits, un contexte et une honnêteté intellectuelle â€" non sur des suppositions, des insinuations et des angoisses coloniales recyclées.

Les engagements du Rwanda en RCA sont : multilatéraux (soutenus par l'ONU et l'Union africaine) ; transparents (avec des accords bilatéraux rendus publics et débattus) ; et mesurables (avec des résultats concrets en matière de stabilité, de développement et de réforme).

Alors que The Guardian prenne la peine d'examiner les faits. D'analyser les détails. De se rendre à Bangui, et dans la Centrafrique rurale â€" pas seulement à Abidjan. D'enquêter avec rigueur. Mais qu'il ne nous insulte pas en prétendant faire du journalisme quand il s'agit manifestement de fabriquer un récit.

En guise de conclusion

L'Afrique n'est pas un décor pour les leçons de morale occidentales. C'est un continent vivant, pensant, complexe â€" capable de forger son propre destin. Le Rwanda, en RCA comme ailleurs, n'agit pas comme le relais de la Russie, ni de qui que ce soit. Il agit selon sa propre vision : celle de la responsabilité, de la solidarité et de la paix régionale.

Que 'The Guardian' refuse de le reconnaître n'est pas l'échec du Rwanda, mais le sien.

Cet article ne s'est pas contenté de salir les efforts du Rwanda. Il a exprimé une hostilité ouverte à l'idée que les Africains puissent être des acteurs stratégiques à part entière. Voilà le véritable scandale.

C'est tragique â€" de voir comment certains journalistes africains sont devenus, sans s'en rendre compte, les courroies de transmission des angoisses coloniales, réinjectant dans le discours africain des soupçons eurocentriques sous couvert de " journalisme ".

Ce qu'Eromo Egbejule a écrit n'a rien de digne ; c'est un texte sans originalité, superficiel, empreint d'un complexe d'infériorité intériorisé déguisé en reportage. Installé confortablement à Abidjan, rédigeant des récits condescendants sur le rôle du Rwanda à Bangui, il ne fait pas entendre la voix de l'Afrique, mais invoque plutôt le fantôme des gardiens coloniaux.

Quant au Guardian ? Il poursuit son vieux rôle avec de l'encre neuve : présenter l'Afrique comme incapable, les Africains comme suspects, et les solutions africaines comme fondamentalement défaillantes si elles ne portent pas le sceau de Whitehall, du Quai d'Orsay ou du Capitole. Ce n'est pas du journalisme de vigilance. C'est une surveillance de mirador, où les Africains sont scrutés pour avoir osé gouverner, intervenir, diriger.

Le vrai journalisme au XXIe siècle exige la proximité avec la vérité, non le confort géographique ni les préjugés recyclés. Ce à quoi nous avons assisté, en réalité, fut un cirque éditorial, où Eromo jonglait avec des spéculations inabouties pendant que The Guardian applaudissait depuis son balcon colonial.

Mais l'Afrique est éveillée. Et non, elle n'a pas besoin d'un baby-sitter étranger â€" ni d'un ventriloque local. L'Afrique a besoin de dignité. Et la dignité commence par le refus de jouer le jeu lorsque le scénario est condescendant, l'intrigue coloniale, et le conteur complice.

'The Guardian' a publié un article tendancieux, rédigé loin des faits, révélant une paresse journalistique et un racisme persistant dans les récits occidentaux sur l'autonomie africaine

Tom Ndahiro



Source : https://fr.igihe.com/Les-impulsions-coloniales-ont-la-vie-dure-la-guerre-du-Guardian-contre-l-agence.html

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