Le paradoxe mozambicain ou abondance des ressources, indigence sécuritaire #rwanda #RwOT

webrwanda
0

Des entreprises issues d' Italie, d'Irlande, de France, des sphères anglo-américaines, ainsi que de Afrique du Sud, ont massivement investi dans les richesses du sous-sol mozambicain, tantale, charbon, or, mais également dans l'exploitation du gaz naturel et dans les filières agroalimentaires.

Cette ruée vers les ressources, qui n'est pas sans rappeler les logiques extractives d'antan, s'est toutefois heurtée à une réalité autrement plus prosaïque : l'effondrement de la sécurité dans la province stratégique du Cabo Delgado.

Depuis 2017, cette région est le théâtre d'une insurrection jihadiste affiliée à l'État islamique, laquelle a plongé le nord du Mozambique dans une spirale de violence, causant la mort d'au moins 6 400 personnes selon l'ONG ACLED.

L'incapacité manifeste des forces armées mozambicaines à contenir cette menace, conjuguée aux limites opérationnelles de la Communauté de développement de l'Afrique australe SADC, a conduit à une paralysie quasi totale des investissements étrangers.

Le point culminant de cette déliquescence fut atteint en mars 2021, lorsque la ville de Palma fut frappée par une attaque d'une rare brutalité, contraignant le groupe TotalEnergies à suspendre un projet gazier colossal estimé à 20 milliards de dollars.

C'est dans ce contexte d'abandon sécuritaire et de désagrégation étatique que l'intervention du Rwanda, en 2021, a opéré une inflexion décisive. Par le déploiement de troupes rigoureusement formées, disciplinées et efficacement équipées.

Kigali a su restaurer un l'ordre, sécuriser des zones stratégiques et surtout, rétablir la confiance des investisseurs internationaux. Là où les coalitions régionales avaient échoué, l'engagement rwandais a produit des résultats tangibles, permettant notamment la reprise progressive des activités économiques, dont le projet gazier emblématique de TotalEnergies, désormais relancé avec un objectif de production à l'horizon 2029.

La condition rwandaise : entre réalisme stratégique et exigence de responsabilité internationale

Cependant, cette réussite opérationnelle ne saurait masquer une vérité plus âpre : la sécurité a un coût, et celui-ci ne peut indéfiniment reposer sur les seules épaules de Kigali. Dans une interview accordée par Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise, le message est d'une clarté sans équivoque : sans garanties de financement pérenne, le Rwanda se verra contraint de retirer ses troupes du Mozambique.

Or, les contributions internationales apparaissent, à ce jour, largement insuffisantes. La Facilité européenne pour la paix n'aurait déboursé qu'environ 20 millions d'euros, une somme dérisoire au regard des coûts réels supportés par Kigali, estimés à au moins dix fois supérieurs. Ce déséquilibre manifeste entre les bénéfices tirés par les multinationales et l'effort sécuritaire consenti par un État africain pose une question fondamentale de justice et de responsabilité.

Car enfin, comment justifier que des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars puissent être sécurisés à moindres frais par une puissance tierce, sans que les principaux bénéficiaires ; États occidentaux et grandes entreprises énergétiques n'assument leur part du fardeau ?

Cette externalisation de la sécurité, qui confine parfois à une forme de délégation opportuniste, révèle les ambiguïtés persistantes de la gouvernance mondiale en matière de gestion des conflits.

La mise en garde de Kigali ne relève donc ni du chantage ni d'un repli stratégique, mais d'un réalisme lucide : la stabilité du Cabo Delgado ne peut être durablement assurée sans un engagement financier et politique à la hauteur des enjeux.

A défaut, le retrait des forces rwandaises ouvrirait la voie à une résurgence des groupes jihadistes, compromettant à la fois la sécurité régionale et la viabilité des investissements étrangers.

En définitive, la situation mozambicaine agit comme un révélateur des contradictions contemporaines : un monde où les flux de capitaux circulent avec une aisance déconcertante, mais où la prise en charge des risques sécuritaires demeure profondément asymétrique.

Le Rwanda, en posant ses conditions, rappelle avec force qu'aucune prospérité ne saurait s'ériger durablement sur les fondations fragiles d'une sécurité sous-financée.

Dans un contexte de désagrégation étatique et d'insécurité, l'intervention du Rwanda en 2021 a marqué un tournant décisif, rétablissant l'ordre, sécurisant des zones stratégiques et restaurant la confiance des investisseurs internationaux

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Le-paradoxe-mozambicain-ou-abondance-des-ressources-indigence-securitaire.html

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Enregistrer un commentaire (0)