La prolifération des médiations en RDC comme symptôme #rwanda #RwOT

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Elle constitue, au contraire, un acte politique mûrement réfléchi, révélateur d'une inquiétude structurelle quant à la cohérence, à la lisibilité et à la continuité des processus de médiation engagés autour de la crise congolaise.

Derrière la courtoisie du langage diplomatique transparaît une interrogation de fond : celle de la crédibilité d'un dispositif de paix fragmenté, ballotté entre capitales, médiateurs et agendas concurrents.

La première exigence exprimée par l'AFC/M23 touche au rôle de la médiation qatarie, dont l'implication est qualifiée de centrale, constante et déterminante. Cette demande n'est pas anodine. Elle traduit la conscience aiguë qu'aucun processus de paix ne peut prospérer sur la négation implicite de ses propres fondations.

Associer ou marginaliser Doha sans clarification préalable reviendrait à fragiliser l'édifice diplomatique déjà construit, au risque de rompre la continuité politique et symbolique indispensable à toute négociation sérieuse. Le Qatar n'est pas ici un acteur accessoire, mais un pilier méthodologique dont l'effacement, même partiel, soulèverait un soupçon de recomposition opportuniste des cadres de dialogue.

Dans la même logique, la question du statut réservé au processus de Doha constitue un point nodal. Elle renvoie à une exigence de sécurité politique : celle de préserver les acquis, aussi fragiles soient-ils, et d'éviter qu'un déplacement du théâtre des négociations ne serve de prétexte à une remise à zéro implicite des engagements antérieurs.

L'histoire récente des tentatives de paix dans la région enseigne que les processus sans mémoire sont des processus sans avenir. Toute articulation nouvelle doit donc être explicitée, contractualisée et assumée, faute de quoi elle ne sera perçue que comme une manœuvre de contournement.

La prolifération des médiations comme symptôme

Au-delà des aspects circonstanciels, la démarche de l'AFC/M23 met en lumière un mal plus profond : l'instabilité méthodologique chronique qui a accompagné les négociations depuis leurs prémices. Engagées à Nairobi, déplacées à Luanda, puis transférées à Doha, sans concertation systématique avec les médiateurs précédents, ces discussions ont évolué au gré de décisions unilatérales, souvent dictées par des considérations politiques immédiates plutôt que par une vision stratégique de long terme.

Cette mobilité incessante des cadres, loin de traduire une dynamique vertueuse, a nourri une confusion préjudiciable à la confiance entre les parties.

À cette instabilité s'ajoute la multiplication des canaux parallèles, notamment l'initiative de sollicitation d'une médiation américaine, introduite sans intégration formelle au dispositif existant. Cette superposition de cadres, si elle peut être présentée comme un activisme diplomatique, apparaît surtout comme un facteur de dilution des responsabilités et de brouillage des lignes d'autorité.

Lorsqu'une crise fait l'objet de trop de médiations simultanées, elle finit par n'en avoir aucune véritablement opérante.

La préoccupation exprimée par l'AFC/M23 quant aux risques de chevauchement, d'enchevêtrement et de contradictions n'est donc pas théorique. Elle touche à l'essence même de l'efficacité diplomatique.

La paix ne se construit ni dans la dispersion ni dans la concurrence des initiatives, mais dans la clarté des mandats, la constance des interlocuteurs et la cohérence des trajectoires. À défaut, chaque nouveau cadre devient une échappatoire politique, chaque nouvelle médiation un moyen de différer les décisions substantielles.

Dès lors, les questions fondamentales demeurent et elles s'adressent désormais à Luanda avec une acuité particulière. Quelle est, en réalité, la finalité de cette invitation ? S'agit-il d'un cadre complémentaire, d'un mécanisme de coordination ou d'un processus de substitution ?

Quelle place exacte est réservée à Doha, et selon quelles modalités cette médiation serait-elle associée ou articulée ? L'Angola entend-il assumer un rôle de facilitateur cohérent et stabilisateur, ou celui, plus ambigu, de point de passage tactique dans une diplomatie de contournement ?

Enfin, comment garantir que cette nouvelle initiative ne reproduira pas les errements du passé : précipitation, fragmentation et absence de continuité ?

Autant de questions essentielles qui, pour l'heure, appellent moins des déclarations d'intention que des réponses claires, formalisées et politiquement engageantes. Car dans un processus déjà éprouvé par l'instabilité, le silence ou l'ambiguïté ne seraient pas de simples omissions diplomatiques, mais des choix lourds de conséquences pour la crédibilité même de toute perspective de paix.

La demande de précisions de l'AFC/M23 après l'invitation du président angolais, initiée par Félix Tshisekedi, n'est ni dilatoire ni purement protocolaire

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-proliferation-des-mediations-en-RDC-comme-symptome.html

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