
Malversations financières, détournements de fonds publics, conflits d'intérêts : autant de fardeaux qui ébranlent la respectabilité feinte de ses figures de proue. Tandis que la justice déploie son implacable rigueur, c'est tout un pan du discours populiste qui se heurte à l'épreuve des faits, dévoilant, derrière la rhétorique du " peuple souverain ", les méandres opaques d'un appareil gangrené par le soupçon.
L'orage gronde au sein du Rassemblement National, frappé par une tempête judiciaire d'une rare intensité. Jordan Bardella, président du parti fondé par Jean-Marie Le Pen et consolidé par sa fille Marine, se trouve désormais dans l'il du cyclone, visé par une plainte pour escroquerie et détournement de fonds publics. La délinquance en col blanc, dotée de son indécente impunité médiatique, permet encore à ses figures de s'ériger en juges de leur propre procès sur les plateaux télévisés.
Or, la crédibilité des institutions repose sur l'intégrité de ceux qui les incarnent. Lorsque la corruption gangrène la classe politique, elle sape les fondations mêmes de la démocratie. Le plus grand péril n'est pas tant la défiance des citoyens que la validation implicite d'un système où la fraude et le parjure ne sont plus des tares rédhibitoires pour accéder aux plus hautes responsabilités.
Le séisme judiciaire qui ébranle le RN s'inscrit dans la continuité d'un verdict retentissant : le lundi 31 mars, Marine Le Pen et plusieurs de ses coaccusés ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front National.
La sentence est lourde : quatre ans d'emprisonnement et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire.
Ironie du sort pour un parti qui s'érige en héraut du combat antisystème tout en tirant profit des mécanismes qu'il fustige. Désorientée par une décision judiciaire dont elle n'avait manifestement pas anticipé la sévérité, l'extrême droite adopte la posture du martyr et exhume sa rhétorique victimaire : le " système " aurait déployé une arme de destruction massive à son encontre, selon les diatribes enflammées de Marine Le Pen devant ses fidèles.
Face à ce coup de tonnerre judiciaire, l'arène politique s'embrase. L'Assemblée nationale devient le théâtre d'un tumulte où invectives et imprécations fusent dans un climat délétère. L'exécutif lui-même ne résiste pas à la tentation de s'immiscer dans le débat : François Bayrou, en équilibriste aguerri, feint d'endosser une posture de simple citoyen pour mieux défendre, en réalité, la dirigeante frontiste. Ce subterfuge, fondé sur la pirouette rhétorique du " a titre personnel ", témoigne de l'embarras d'une partie de la classe politique face à cette tempête institutionnelle.
Toutefois, ce qui constitue un véritable déni de démocratie, ce n'est pas la décision des juges, mais bien la remise en cause systématique de la justice et de l'État de droit par un parti qui, en se drapant dans l'illusion de la persécution, aspire à transformer ses turpitudes en levier électoral.
Or, la démocratie exige non seulement des institutions fortes, mais aussi des élus irréprochables. La tempête judiciaire qui secoue l'extrême droite française n'est que le fruit de ses propres dérives, et il appartient désormais aux citoyens de juger si le cynisme et la fraude sont des vertus politiques tolérables.

Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Tempete-judiciaire-sur-l-extreme-droite-francaise.html