
Cet accord a ravivé l'espoir des communautés touchées par les violences, en particulier des Tutsi congolais, longtemps victimes de persécutions et de déplacements forcés. Nombre d'entre eux avaient fui les exactions des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé responsables du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Réfugiées dans des conditions précaires, notamment dans le parc des Virunga, ces populations aspiraient enfin à retrouver la paix.

Une avancée rendue possible par le CNDP
Le CNDP, mouvement politico-militaire actif depuis plusieurs années, s'était imposé comme un acteur clé du conflit. Contrôlant les territoires de Rutshuru, Nyiragongo et Masisi au Nord-Kivu, il avait mené une lutte acharnée contre les FDLR et l'armée congolaise avant de choisir la voie politique.
L'accord de paix signé à Goma a été paraphé par le ministre congolais de la Coopération régionale, Raymond Tshibanda, et le président du CNDP, le Dr Désiré Kamanzi. Cette médiation a été facilitée par Olusegun Obasanjo, envoyé spécial des Nations unies pour la région des Grands Lacs, et Benjamin Mkapa, représentant de l'Union africaine.
L'accord prévoyait la transformation du CNDP en parti politique légalement reconnu, ainsi que l'intégration de ses combattants dans les forces de sécurité nationales, tout en respectant leurs grades militaires. Parmi ces officiers figuraient le général Bosco Ntaganda et le colonel Sultani Makenga.
D'autres engagements importants incluaient le droit pour tous les citoyens congolais de vivre en paix, ainsi que le retour rapide des réfugiés congolais exilés dans les pays voisins. Une force de police mixte, dénommée "community police", devait être mise en place pour garantir la sécurité des populations locales. La mise en œuvre de ces mesures était sous la supervision des Nations unies, de l'Union africaine et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

La résurgence du conflit
Malgré ces engagements, des tensions sont rapidement réapparues. En 2012, le général Ntaganda a formé un nouveau groupe armé, le Mouvement du 23 Mars (M23), dénonçant le non-respect des accords de 2009 et la persécution persistante des Congolais Tutsi, y compris ceux intégrés dans l'armée.
En quelques mois, le M23 a pris le contrôle de plusieurs localités du Nord-Kivu, y compris Goma, le 20 novembre 2012. Cette avancée militaire a provoqué une réaction ferme de la communauté internationale. Une réunion d'urgence à Kampala a conduit à l'engagement du gouvernement congolais de mettre en œuvre les accords de 2009. Cependant, cette promesse a été suivie d'une offensive militaire conjointe menée par l'armée congolaise et la brigade d'intervention rapide des Nations unies (FIB) contre le M23.
Un conflit toujours d'actualité
Alors que la rébellion semblait avoir été maîtrisée après 2013, le conflit a resurgi en novembre 2021. Plutôt que d'opter pour des négociations, le président Félix Tshisekedi a choisi de lancer une offensive militaire contre le M23, ce qui a ravivé les hostilités dans la région.
En décembre 2023, une coalition politique, l'Alliance Fleuve Congo (AFC), à laquelle le M23 est affilié, a été formée sous la direction de Corneille Nangaa. À ce jour, l'AFC/M23 contrôle d'immenses territoires et continue de revendiquer un dialogue politique avec le gouvernement congolais pour parvenir à une solution durable au conflit.
Malgré des décennies d'efforts diplomatiques et de multiples accords, la paix reste précaire dans l'est de la République démocratique du Congo. Alors que les appels à la négociation se multiplient, la situation sur le terrain reste extrêmement tendue, marquée par des violences persistantes et des déplacements massifs de populations.


Alain Bertrand Tunezerwe
Source : https://fr.igihe.com/Le-23-mars-2009-origine-du-Mouvement-du-23-Mars.html