Selon Jonathan Mueke, secrétaire principal au ministère kényan de l'Agriculture et du Développement de l'élevage, juste avant un épisode d'El Nino, le Kenya connaît généralement une période de sécheresse. 'Cela a affecté nos pâturages, d'où la situation actuelle'.
Mais des perturbations climatiques plus importantes pourraient se profiler.
En septembre, l'Organisation météorologique mondiale a indiqué qu'un épisode d'El Nino était désormais bien établi et qu'il devrait encore se renforcer dans les prochains mois. Le phénomène peut modifier considérablement les régimes de température et de précipitations dans le monde entier et favoriser les phénomènes météorologiques extrêmes.
En Afrique de l'Est, la sécheresse sévit déjà. Selon des données, dans le sud-est de l'Ethiopie, l'est du Kenya et une grande partie de la Somalie, les précipitations enregistrées entre octobre et décembre 2025 n'ont atteint que 30% à 60% de la moyenne à long terme.
La situation de sécurité alimentaire s'était détériorée au Kenya et en Somalie après les conditions de sécheresse observées entre la fin de 2025 et le début de 2026, a déclaré Charity Mumbua, spécialiste de la sécurité alimentaire à l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).
Dans le même temps, plusieurs régions d'Afrique pourraient connaître des inondations. Le service météorologique du Kenya prévoit des précipitations supérieures à la normale entre octobre et décembre cette année dans environ 80% du pays.
Selon des experts, ces pluies pourraient contribuer à reconstituer les ressources en eau, à régénérer les pâturages et à améliorer la production agricole. Cependant, elles pourraient également détruire les cultures, entraîner des pertes de bétail, endommager les routes et déplacer des populations.
L'Afrique de l'Ouest est aussi confrontée à cette double pression. 'Le Ghana est exposé aux deux phénomènes à la fois : la sécheresse dans le nord et les inondations dans le sud et le centre', a noté Samuel Owusu Ansah, météorologue en chef de l'Agence météorologique du Ghana.
En Afrique du Sud, le service météorologique a estimé fin août que les précipitations pourraient rester inférieures aux normales dans de nombreuses régions pendant l'été à venir. Le ministère de l'Agriculture a averti que le déficit pluviométrique et les températures élevées pourraient provoquer des sécheresses et un stress thermique, avec des pertes de récoltes et du bétail.
Dans le sud de Madagascar, une grave sécheresse est aussi prévue. Le Programme alimentaire mondial estime qu'El Nino pourrait encore aggraver une situation de sécurité alimentaire déjà très préoccupante dans le pays.
La menace liée aux fortes chaleurs se rapproche également. Selon le Climate Impact Lab de l'Université de Chicago, l'actuel épisode d'El Nino devrait entraîner une hausse des températures et exposer plusieurs pays africains à un risque élevé de chaleur extrême. Au Nigeria notamment, quelque 31.400 décès excédentaires liés à la chaleur pourraient être enregistrés entre septembre 2026 et février 2027.
Pour Hélène Razafindramaro, spécialiste en environnement à l'Université d'Antananarivo (Madagascar), El Nino agit parfois comme 'un amplificateur des risques'. 'Ses effets deviennent particulièrement graves lorsqu'il se combine aux vulnérabilités structurelles du pays : forte dépendance de l'agriculture aux pluies, pauvreté rurale, dégradation des terres, faiblesse des infrastructures et difficultés d'accès à l'eau', a-t-elle expliqué.
Face aux risques liés à El Nino, plusieurs pays africains ont commencé à prendre des mesures. Au Kenya, un comité interministériel chargé de la préparation et de la réponse à El Nino est déjà à l'uvre. Le gouvernement a notamment prévu de renforcer les routes et les ponts, de dégager les systèmes de drainage et de prépositionner des fournitures d'urgence.
En Afrique du Sud, une feuille de route intitulée 'Early Warnings for All' ('Des alertes précoces pour tous') a été lancée en 2025 pour renforcer les systèmes d'alerte précoce et la résilience face aux risques climatiques et aux catastrophes.
Malgré ces efforts, les capacités d'alerte précoce de nombreux pays africains restent préoccupantes. Selon l''Appel à l'action d'Addis-Abeba (Ethiopie) sur les systèmes d'alerte précoce en Afrique', adopté en septembre, les progrès dans la mise en place de ces systèmes restent inégaux sur le continent. Des lacunes importantes subsistent notamment dans les pays les moins avancés, les petits Etats insulaires en développement et les pays fragiles.
'Les pays africains sont très vulnérables au changement climatique alors que leur contribution historique aux émissions mondiales est relativement faible. Ils demandent donc une gouvernance internationale tenant davantage compte de la responsabilité historique, de la vulnérabilité et des capacités financières', a noté Mme Razafindramaro.
Par ailleurs, selon le Rapport 2025 sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière d'adaptation aux changements climatiques publié par le Programme des Nations Unies pour l'environnement, les besoins estimés des pays en développement en matière de financement de l'adaptation devraient dépasser 310 milliards de dollars par an d'ici à 2035. Mais les flux internationaux de financement public de l'adaptation des pays développés vers les pays en développement ne se sont élevés qu'à 26 milliards de dollars en 2023.
Avec l'arrivée de la saison des pluies, les rayons de lait des supermarchés de Nairobi seront probablement bientôt à nouveau approvisionnés. Mais pour les millions d'Africains, la vraie question n'est donc pas seulement de savoir si la pluie viendra, mais s'ils seront prêts lorsque les risques se présenteront.

Source : https://new.igihe.com/french/zoom-afrique-el-nino-amplifie-les-risques-climatiques-en-afrique/