Nobel de la paix : Bizimana revient sur le parcours de Navi Pillay au TPIR #rwanda #RwOT

webrwanda
0

Le Comité Nobel norvégien a annoncé, ce 9 octobre 2026, l'attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay, ancienne juge et présidente du TPIR, pour sa contribution à la promotion de la paix et du droit international, notamment dans la lutte contre l'impunité pour les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide.

Pillay a été juge au TPIR à partir de 1995 avant d'en devenir présidente en 1999, succédant à Laïty Kama. Réélue en 2001, elle a dirigé le tribunal jusqu'en 2003.

Dans une interview accordée à IGIHE, Bizimana a souligné son rôle dans le procès Akayesu, où elle siégeait aux côtés de Laïty Kama et de Lennart Aspegren. Le 2 septembre 1998, la chambre a reconnu Jean-Paul Akayesu coupable de génocide, d'incitation directe et publique à commettre le génocide, de meurtre, de torture et de viol.

Cette décision constituait la première condamnation pour génocide prononcée par une juridiction internationale et a établi juridiquement que le génocide perpétré contre les Tutsi avait eu lieu. Le procès Akayesu a également consacré le principe selon lequel le viol et d'autres violences sexuelles peuvent constituer des actes de génocide lorsqu'ils sont commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe ciblé.

" Premièrement, elle fait partie des premiers juges à avoir siégé au TPIR. L'un des éléments positifs que nous pouvons souligner est qu'elle faisait partie des trois juges qui ont rendu le verdict dans le procès de Jean-Paul Akayesu ", a-t-il déclaré.

" Dans le procès Akayesu, le tribunal a franchi une étape en reconnaissant que le viol pouvait constituer l'un des actes constitutifs du crime de génocide. […] L'ampleur avec laquelle les viols ont été commis pendant le génocide perpétré contre les Tutsi a fait l'objet d'une attention particulière. "

Malgré cet héritage, Bizimana a estimé que la période durant laquelle Pillay a dirigé le TPIR a été marquée par la lenteur des procédures.

Il a reconnu que le tribunal disposait alors de moyens plus limités que ceux mobilisés par la suite, mais a estimé que peu de procès avaient été menés à leur terme et que certaines affaires avaient avancé très lentement.

" Durant les années où elle a été au tribunal, peu de procès ont été menés à leur terme. Certes, les moyens dont disposait le tribunal étaient moins importants que ceux qui ont été mobilisés par la suite, mais les procès ont été très lents ", a indiqué Bizimana.

Le ministre a également dénoncé des cas de traitement humiliant de témoins, notamment des femmes ayant témoigné sur les violences sexuelles. Il a cité le procès de Shalom Ntahobali, fils de Pauline Nyiramasuhuko, au cours duquel des avocats de la défense auraient ridiculisé des femmes en raison de leur hygiène pendant le génocide, allant jusqu'à leur demander comment elles auraient pu être violées alors qu'elles " sentaient mauvais ".

Bizimana a estimé que de tels comportements s'étaient produits alors que Pillay dirigeait le tribunal, rappelant qu'un juge doit aussi protéger l'intégrité des parties et des témoins.

Cette affaire avait été évoquée par Pillay elle-même en 2001. Elle avait alors ordonné l'examen des enregistrements de l'audience après des inquiétudes concernant la manière dont une témoin de viol avait été interrogée.

Elle avait toutefois rejeté certaines informations selon lesquelles les juges auraient manqué de respect à la témoin, précisant que le juge présidant l'audience avait à plusieurs reprises empêché les avocats de poser des questions sans rapport avec l'affaire et leur avait demandé de mesurer la gravité du témoignage.

Bizimana a enfin critiqué le rôle de Pillay après son départ du TPIR, lorsqu'elle était Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, notamment concernant le rapport Mapping publié en 2010 sur les graves violations des droits humains commises en RDC.

Selon lui, l'expérience acquise au TPIR aurait dû permettre à Pillay de mieux prendre en compte le contexte historique du conflit dans l'est de la RDC, notamment le déplacement vers la RDC de certains responsables et individus ayant perpétré le génocide contre les Tutsi, ainsi que la poursuite d'exactions dans cette région.

Bizimana estime qu'elle aurait dû tenir compte de ces éléments avant d'approuver la publication du rapport. Il accuse ainsi Pillay d'avoir " ignoré " les connaissances acquises au TPIR et d'avoir contribué à la publication d'un rapport qu'il qualifie de " mensonger ".

" Elle savait parfaitement que les forces qui avaient commis le génocide et s'étaient réfugiées au Congo étaient à l'origine des crimes qui y étaient commis.

" Une fois arrivée à ce poste, en tant que personne disposant de toutes les connaissances qu'elle avait acquises au TPIR, elle aurait dû connaître la vérité et œuvrer pour la défendre ", a fustigé Bizimana.

Le ministre Bizimana, a salué le rôle joué par Navi Pillay dans le procès de Jean-Paul Akayesu, tout en critiquant certains aspects de son passage à la tête du TPIR
Bizimana a souligné son rôle dans le procès Akayesu, où elle siégeait aux côtés de Laïty Kama et de Lennart Aspegren



Source : https://new.igihe.com/french/nobel-de-la-paix-bizimana-revient-sur-le-parcours-de-navi-pillay-au-tpir/

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Enregistrer un commentaire (0)