Les alliances internes qui, hier encore, pouvaient constituer des appuis stratégiques se sont progressivement muées en lignes de fracture, voire en obstacles déclarés. Cette perte de soutiens, loin d'être accidentelle, résulte d'une gouvernance perçue comme verticale, peu encline à la concertation réelle et d'une incapacité persistante à transformer le pluralisme politique en levier de stabilité.
C'est dans ce contexte délétère que s'inscrit la controverse autour du dialogue politique voulu ou plutôt redessiné par le président Félix Tshisekedi.
Le dialogue confisqué
" Il est politiquement incorrect qu'un pouvoir contesté puisse se choisir ses interlocuteurs, fixer unilatéralement les règles du jeu et tracer les lignes rouges à ne pas franchir ", martèle Jean-Marc Kabund, opposant farouche et ancien allié du chef de l'État.
Cette formule, d'une clarté implacable, résume l'essence du malaise actuel : ce qui est présenté comme un dialogue relève moins de la concertation que d'un exercice de validation contrôlée.
Le dialogue n'est ni un privilège concédé par le sommet, ni une mise en scène destinée à entériner des décisions déjà arrêtées. Il suppose l'égalité morale des participants, la reconnaissance de la conflictualité politique et l'acceptation du dissensus comme composante légitime du jeu républicain.
Or, en se réservant le droit de désigner les acteurs " fréquentables ", d'exclure les voix dissonantes et d'imposer un cadre non négociable, le pouvoir transforme l'échange en monologue.
Une telle démarche, loin d'apaiser les tensions, les cristallise et les radicalise.
Cette dérive est d'autant plus manifeste qu'elle intervient dans un contexte de contestation accrue de la légitimité politique, où l'ouverture aurait pu constituer un geste fort de réconciliation nationale.
A la place, c'est une logique de contrôle qui prévaut, nourrissant le soupçon d'un dialogue conçu non pour résoudre la crise, mais pour la contenir.
La médiation ignorée et l'isolement assumé du sommet de l'État
Le contraste est saisissant entre, d'une part, les efforts déployés par la CENCO et l'ECC patiemment engagées dans la préparation d'un dialogue inclusif, explicité sous toutes ses formes et défendu jusque dans les cercles diplomatiques des pays partenaires de la République démocratique du Congo et d'autre part, la fin de non-recevoir opposée par le président Tshisekedi à cette initiative.
Ce refus, perçu comme une mise à l'écart délibérée de médiateurs crédibles et respectés, renforce l'idée d'un pouvoir qui redoute davantage la pluralité qu'il ne la sollicite.
En se concoctant son propre format de dialogue, le chef de l'État semble avoir opté pour une solution de confort institutionnel, au prix d'un isolement politique croissant. Ce choix ne passe pas, ni auprès des grandes figures de l'opposition, ni auprès de segments autrefois favorables, aujourd'hui gagnés par le scepticisme.
Il consacre une rupture nette entre le sommet de l'État et les forces sociales, religieuses et politiques qui auraient pu jouer un rôle d'amortisseur dans une conjoncture déjà fragile.
Ainsi, le dialogue, au lieu d'être un instrument de sortie de crise, devient le révélateur d'une crise plus profonde encore : celle d'un pouvoir qui, en refusant la médiation et l'inclusivité, s'expose à une marginalisation interne progressive.
A force de confondre autorité et exclusivité, le régime prend le risque de transformer la concertation nationale en simple décor, et la gouvernance en exercice solitaire, un monologue là où la nation attendait une parole partagée.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Quand-la-concertation-devient-un-monologue-de-pouvoir.html