Luanda ou l'aveu d'un renoncement déguisé #rwanda #RwOT

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En réalité, elle consacre avant tout un spectaculaire rétropédalage politique, soigneusement enveloppé dans le vernis feutré du multilatéralisme africain. En confiant à l'Angola le mandat d'engager des consultations avec " toutes les parties congolaises intéressées " en vue de créer les conditions d'un dialogue intercongolais, le chef de l'État congolais entérine, de facto, l'abandon d'une prérogative qu'il revendiquait naguère avec une solennité martiale.

Il n'est pas inutile de rappeler qu'il y a quelques semaines à peine, face au corps diplomatique accrédité à Kinshasa, Félix Antoine Tshisekedi jurait, la main sur le cœur et la Constitution en bandoulière, que l'organisation dudit dialogue relevait exclusivement de son autorité souveraine.

Ce qui était alors présenté comme un principe intangible se dissout aujourd'hui dans l'opportunisme d'une manœuvre diplomatique improvisée. Un pas en avant, un pas de côté, une pirouette de plus : la gouvernance congolaise semble désormais se réduire à une chorégraphie hésitante, où les serments d'hier sont méthodiquement démentis par les arrangements d'aujourd'hui.

Cette délégation du processus à Luanda n'est pas un simple ajustement tactique ; elle est l'aveu implicite d'une incapacité chronique à fédérer, à l'intérieur même du pays, des forces politiques et sociales durablement fracturées. Elle révèle surtout une présidence oscillant entre la tentation du contrôle absolu et la contrainte d'un dessaisissement forcé, dicté par l'épuisement politique et la pression régionale.

Loin de clarifier l'horizon, cette décision installe un flou stratégique qui fragilise d'emblée toute perspective de dialogue sincère.

Cessez-le-feu incantatoire et confusion méthodique des accords

À cette abdication feutrée s'ajoute une autre injonction, tout aussi problématique : l'appel lancé aux " parties en conflit " en République démocratique du Congo à déclarer un cessez-le-feu, devant entrer en vigueur à une date et une heure à convenir, conformément aux mécanismes de vérification arrêtés à Doha le 14 octobre 2025.

Mais de quelles parties parle-t-on exactement ? La question, loin d'être rhétorique, met à nu l'hypocrisie structurelle du dispositif proposé.

Car l'un des acteurs centraux du conflit n'est autre que l'État congolais lui-même, qui arme et encadre des groupes supplétifs tels que les FDLR et les milices dites Wazalendo, recrute des mercenaires étrangers, irrigue un discours de haine décomplexé et garantit une impunité quasi totale à ceux qui persécutent les Tutsi congolais.

Exhorter indistinctement à un cessez-le-feu sans désigner clairement les responsabilités revient à instituer une symétrie factice entre bourreaux et victimes, entre l'appareil étatique et les populations prises en otage par ses dérives sécuritaires.

La confusion atteint son paroxysme lorsque les participants à la réunion de Luanda rappellent pêle-mêle les décisions de l'accord de Washington du 4 décembre 2025 et les résolutions 2773 (2025) et 2808 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, relatives au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et à la neutralisation des FDLR.

Cet amalgame savamment entretenu n'est pas innocent : il procède d'une stratégie de diversion visant à inverser l'ordre des causalités. Or, il a été clairement établi que la réduction progressive des mesures défensives du Rwanda devait être la conséquence directe et vérifiable de l'avancée effective de la neutralisation des FDLR et non son préalable arbitraire.

En amalgamant Washington et Doha, en brouillant les séquences et les engagements, les architectes de ce processus prennent le risque d'un enlisement précoce, avant même l'ouverture des contacts préliminaires.

Les signaux envoyés sont bancals, les prémisses viciées, et la rhétorique de la paix sert davantage à masquer l'absence de volonté politique qu'à préparer un règlement durable.

À ce rythme, le dialogue annoncé pourrait bien n'être qu'un théâtre d'ombres supplémentaire, où l'on feint d'avancer pour mieux différer l'essentiel : la reconnaissance des responsabilités, la fin de l'impunité et la protection effective de toutes les composantes du peuple congolais.

La réunion sous l'égide de João Lourenço, en présence de Tshisekedi, Gnassingbé et Obasanjo, marque une étape vers l'apaisement du 'casse-tête congolais
La réunion s'est tenue à Luanda ce 9 février 2026

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Luanda-ou-l-aveu-d-un-renoncement-deguise.html

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