Avec un score de 20 sur 100, l'État congolais s'enfonce dans les profondeurs du classement mondial, confirmant une réalité que nul artifice discursif ne parvient plus à dissimuler. Les faits sont têtus, obstinés, réfractaires à toute tentative de relativisation : ils s'imposent avec la rigueur froide des chiffres et la constance accablante des séries statistiques.
En dépit des proclamations officielles, des narratifs autojustificatifs et des efforts de communication savamment orchestrés, l'indice demeure sans appel. Il ne mesure ni les intentions proclamées ni les promesses réitérées, mais la perception concrète, éprouvée, de la corruption systémique par les acteurs politiques, économiques, institutionnels et sociaux.
A ce titre, il constitue un miroir cruel mais fidèle de l'état réel de la gouvernance publique. Que l'on s'en offusque ou que l'on tente d'en contester la légitimité, le verdict demeure inchangé : la corruption reste structurelle, enracinée, endémique.
La crédibilité en jeu
Ce classement prend une résonance d'autant plus lourde que la RDC s'inscrit dans une région, l'Afrique subsaharienne, qui demeure la moins performante de l'indice, avec une moyenne régionale de 32 points, déjà faible en soi. Or, se situer nettement en dessous de cette moyenne ne relève plus de l'accident conjoncturel, mais d'un échec persistant des mécanismes de régulation, de contrôle et de redevabilité. Il ne s'agit plus seulement d'un signal d'alarme, mais d'un constat de défaillance prolongée.
Les faits, ici encore, sont implacables. On peut tenter de les contester, de les diluer, de les manipuler ou de les recouvrir d'un vernis rhétorique ; ils finissent toujours par refaire surface, plus tranchants encore.
Et c'est précisément là que se joue l'enjeu central : la crédibilité. Crédibilité de l'État, crédibilité des institutions, crédibilité de la parole publique sur la scène nationale comme internationale.
Car à force de nier l'évidence ou de la travestir, le pouvoir politique ne discrédite pas seulement ses opposants ou ses détracteurs ; il fragilise sa propre légitimité. Dans un monde où la confiance est devenue une monnaie stratégique pour les investisseurs, les partenaires internationaux, mais aussi pour les citoyens eux-mêmes persister dans le déni revient à hypothéquer l'avenir.
La lutte contre la corruption ne se décrète pas par communiqués, elle se prouve par des actes mesurables, des résultats vérifiables et une rupture claire avec les pratiques du passé.
Tant que cette rupture demeurera incantatoire, les classements continueront de rappeler, avec une régularité implacable, que la réalité ne se plie jamais durablement à la propagande.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Les-faits-dans-leur-nudite-implacable.html