Un tel propos, empreint de bon sens et d'un réalisme lucide, vient heurter de front l'architecture élaborée de la campagne de propagande déployée par le pouvoir de Tshisekedi, lequel semble mobiliser des ressources considérables et sans mesure apparente afin de façonner un récit alternatif aux contraintes du réel.
Là où Tshisekedi investit dans la mise en scène, la saturation médiatique et la fabrication d'une perception avantageuse, cette parole sobre et structurée réintroduit la hiérarchie des faits, la primauté de la logique stratégique et la nécessité d'une lecture dépouillée des artifices communicationnels.
Elle rappelle, avec une sobriété presque dérangeante, que l'abondance des moyens financiers ne saurait suppléer l'exigence de cohérence, ni transformer durablement une construction narrative en vérité opérante.
Le président Félix Tshisekedi se trouve aujourd'hui confronté, plus que jamais, à l'épreuve austère du réel. Après les turbulences diplomatiques, les postures successives et les narratifs destinés à modeler la perception internationale du conflit, l'heure semble être venue d'un recentrage brutal sur les paramètres fondamentaux du dossier.
Aux États-Unis on aurait, selon les termes rapportés, posé une condition claire : la levée par le Rwanda de ses mesures de défense interviendrait une fois que la question des FDLR aura été effectivement réglée par les autorités congolaises.
Or, sur ce point précis, un consensus minimal existe : la problématique des FDLR constitue, pour Kigali, un enjeu sécuritaire cardinal, non négociable, enraciné dans une mémoire tragique et dans une lecture stratégique constante.
Feindre d'ignorer cette donnée revient à s'extraire volontairement du champ du possible diplomatique. Les accords économiques, quant à eux, supposent stabilité, prévisibilité et respect scrupuleux des engagements souscrits. Ils ne sauraient prospérer dans un environnement où les causes profondes d'insécurité demeurent intactes.
Ce tableau, apparemment simple dans son enchaînement logique, neutralisation des FDLR d'abord, ajustement des dispositifs défensifs ensuite, semble toutefois heurter des intérêts, des calculs et des espérances politiques qui se sont greffés, au fil des années, sur l'existence même de ces forces.
Mettre les choses dans l'ordre, c'est aussi dissiper les illusions de ceux qui espéraient instrumentaliser ces groupes armés comme levier d'influence ou tremplin de repositionnement politique.
L'illusion communicationnelle et l'implacable évidence
Il est toujours possible de multiplier les initiatives médiatiques, de financer des relais d'opinion à l'étranger, d'orchestrer des campagnes destinées à inverser la hiérarchie des responsabilités ou à infléchir la perception des décideurs internationaux.
On peut tenter d'opposer l'émotion à la logique, l'opinion travaillée à la rigueur stratégique, le récit à la réalité. Mais les décideurs, en particulier dans les chancelleries et les centres de pouvoir, raisonnent à partir d'intérêts structurels et de données sécuritaires tangibles ; ils ne s'abreuvent pas de slogans.
Ainsi, malgré les efforts déployés pour remodeler la narration du conflit, la séquence demeure inchangée : neutralisation effective des FDLR, puis ajustement des mesures défensives rwandaises. Toute tentative d'inversion de cet ordre apparaît vouée à l'échec, car elle heurte la cohérence même des logiques sécuritaires en présence.
Qu'on le veuille ou non, qu'on s'efforce d'en retarder l'acceptation par des artifices rhétoriques ou par une diplomatie d'influence, la réalité finit toujours par reprendre ses droits. Elle est parfois cruelle, souvent contraignante, mais invariablement souveraine. En matière de relations internationales comme en politique intérieure, la crédibilité ne se décrète pas : elle se fonde sur la capacité à reconnaître les faits, à hiérarchiser les priorités et à agir conformément aux engagements pris.
Le temps des contournements semble s'amenuiser. Reste celui des décisions structurantes, qui seules peuvent transformer une confrontation durable en trajectoire stabilisée.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Le-retour-au-principe-de-realite-en-RDC.html