Le monologue du Chef de l'Etat en RDC #rwanda #RwOT

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Il s'inscrit dans une dynamique plus large de désaffection politique, révélatrice de l'épuisement d'une offre de concertation perçue comme édulcorée, instrumentalisée et dépourvue de toute crédibilité.

Ancien pilier de l'UDPS, compagnon de route de Félix Tshisekedi avant sa disgrâce et sa mue en opposant résolu, Kabund incarne aujourd'hui l'une des voix les plus structurées de la contestation interne du régime.

En posant comme condition sine qua non un dialogue véritablement inclusif, conduit par une facilitation neutre et assorti de lignes rouges non négociables, Jean-Marc Kabund ne fait que rappeler des évidences constitutionnelles que le pouvoir lui-même a, par le passé, relativisées, voire publiquement disqualifiées.

Le respect de la Constitution pourtant qualifiée par le chef de l'État de texte " imposé de l'extérieur " , la sauvegarde de la souveraineté nationale et la préservation de l'intégrité territoriale constituent moins des exigences partisanes que les fondements mêmes de l'ordre républicain.

Leur rappel souligne, en creux, l'ampleur de la rupture entre le discours officiel et les attentes profondes de l'opposition politique.

Les préalables énoncés par Kabund achèvent de dresser le constat d'un dialogue vidé de sa substance. La libération des prisonniers politiques et d'opinion, l'arrêt immédiat des enlèvements et arrestations arbitraires, la garantie effective de la liberté de circulation des opposants, la fin des pratiques d'intimidation à l'aéroport international de Ndjili, le retour des exilés et la réouverture de l'espace public ne relèvent pas d'un agenda maximaliste.

Ils constituent les conditions minimales d'un climat politique apaisé, sans lequel toute concertation n'est qu'une opération cosmétique destinée à légitimer un pouvoir retranché.

Surtout, la position de Jean-Marc Kabund n'est ni isolée ni marginale. De Moïse Katumbi à Delly Sesanga, en passant par les proches de Joseph Kabila, c'est l'ensemble de l'opposition significative dans sa diversité idéologique et historique qui refuse de se prêter à ce qu'elle perçoit comme une mise en scène politique sans garanties, ni sincérité, ni concessions substantielles.

Ce front du refus révèle une réalité implacable : la version officielle du dialogue ne trouve plus preneur. Elle ne séduit ni les anciens alliés, ni les adversaires traditionnels, ni même les figures issues de la matrice originelle du pouvoir actuel.

Dès lors, le régime se retrouve confronté à une double érosion. Érosion de sa légitimité politique, minée par l'exclusion, la coercition et la judiciarisation de l'opposition ; érosion de sa base interne, marquée par les ruptures successives, les désaffections et les prises de distance publiques.

L'isolement du pouvoir n'est plus seulement diplomatique ou conjoncturel : il devient structurel, alimenté par une incapacité persistante à transformer le dialogue en un véritable espace de compromis national.

À force de confondre concertation et contrôle, ouverture et mise au pas, le pouvoir s'enferme dans une logique d'autoreproduction qui accentue son éloignement des forces vives de la nation.

Le refus quasi unanime de l'opposition n'est pas un caprice collectif, mais le symptôme d'une crise de confiance profonde. Et dans ce contexte, plus le régime s'obstine à proposer un dialogue sans concessions réelles, plus il accélère sa propre marginalisation sur la scène politique intérieure, laissant apparaître les fissures d'un édifice dont la cohésion se délite jour après jour.

Le rejet par Jean-Marc Kabund de l'initiative de dialogue du chef de l'État dépasse une simple posture personnelle et traduit une désaffection politique plus large

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Le-monologue-du-Chef-de-l-Etat-en-RDC.html

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