Elle constitue, au contraire, un acte politique réfléchi, révélateur d'une crise de confiance devenue structurelle entre le pouvoir et ceux qui entendent encore inscrire leur action dans le champ civique et institutionnel.
Car le dialogue, pour être crédible, ne saurait être un monologue déguisé ni une mise en scène procédurale destinée à entériner des décisions déjà arrêtées. Or, les conditions posées par le chef de l'État apparaissent, aux yeux de nombreux acteurs politiques, comme autant de verrous préalables : elles bornent le périmètre des discussions, hiérarchisent les participants et orientent les conclusions avant même que la parole ne circule. En d'autres termes, elles vident l'exercice de sa substance démocratique.
L'opposition non armée, en refusant de s'y soumettre, adresse un message clair : un dialogue authentique ne peut prospérer dans un climat de suspicion, de disqualification préalable et de contrôle unilatéral de l'agenda.
Elle rappelle ainsi une évidence trop souvent occultée à Kinshasa : la légitimité ne se décrète pas, elle se construit ; elle ne s'impose pas par décret, elle se négocie dans l'écoute et le respect réciproque.
Cette séquence révèle, une fois encore, la mauvaise foi devenue consubstantielle à la pratique du pouvoir. Sous couvert d'ouverture politique, le régime persiste à instrumentaliser le dialogue comme un outil de communication, voire de neutralisation de ses contradicteurs.
Le refus opposé par l'opposition non armée met à nu cette contradiction : on ne peut appeler à la concertation tout en en fixant unilatéralement les termes, sans accepter le risque de la remise en cause.
Au-delà de l'épisode conjoncturel, c'est la trajectoire même du processus politique congolais qui est en jeu. En marginalisant les forces civiles et pacifiques, le pouvoir prend le risque d'affaiblir les derniers espaces de médiation institutionnelle.
L'histoire récente du pays montre pourtant que chaque fois que la parole politique est confisquée, la conflictualité se déplace vers des terrains autrement plus périlleux.
Ainsi, la 'fin de non-recevoir' n'est pas un refus du dialogue en soi ; elle est le refus d'un simulacre. Elle exprime l'exigence d'un cadre réellement inclusif, fondé sur la bonne foi, l'égalité des parties et la reconnaissance sincère des désaccords.
Tant que ces conditions minimales ne seront pas réunies, le dialogue en RDC restera une promesse incantatoire et la crise, un horizon indépassé.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Le-dialogue-impossible-en-RDC-40961.html