Sa lucidité, lorsqu'il rappelle que le Rwanda n'est pas le principal moteur de l'instabilité en République démocratique du Congo mérite d'être saluée avec force.
En effet, réduire la complexité sécuritaire du pays à un facteur extérieur constitue un raccourci dangereux et illusoire, qui détourne l'attention des causes véritablement structurelles et pérennes du chaos.
L'obsession d'identifier un bouc émissaire étranger, si elle est politiquement commode, ne fait que masquer les défaillances endogènes les plus graves et nourrit l'illusion d'un contrôle sur un problème dont la racine se trouve dans le sol même de la gouvernance nationale.
Christian Neema rappelle à juste titre que l'action isolée contre un acteur extérieur, fût-il régionalement puissant, ne saurait juguler la prolifération de centaines de groupes armés : ADF, CODECO, Red Tabara, Wazalendo, Mobondo, et tant d'autres. Chacun de ces mouvements tire son existence non seulement de dynamiques internes mais surtout de la porosité institutionnelle, de la faiblesse de l'État, de la corruption et de l'impunité qui permettent leur régénération continue.
Saluer cette lucidité, c'est reconnaître que la vérité ne réside pas dans le prisme de la propagande, mais dans l'analyse rigoureuse des mécanismes internes qui nourrissent la violence et la désorganisation chronique.
Se concentrer sur les causes profondes
L'orientation stratégique que suggère Christian Neema est à la fois simple et exigeante : la RDC doit concentrer son énergie, sa réflexion et ses ressources sur les causes profondes de l'instabilité. Tant que les institutions resteront faibles, que la corruption continuera d'éroder la confiance publique et que les structures de gouvernance demeureront incapables de prévenir et de réguler les conflits, toute tentative de pacification restera fragmentaire et ponctuelle.
Ignorer ces réalités, ou s'y substituer par des interventions militaires ciblées contre des acteurs extérieurs, ne conduira qu'à un cercle vicieux de cycles répétés de violence et de fragilité. Le pays risque de tourner en rond, prisonnier de l'illusion que la stabilité peut se décréter de l'extérieur, sans purification intérieure de ses systèmes de décision et de contrôle.
L'appel de Neema est donc clair et implacable : pour que la RDC sorte de l'ornière et construise une paix durable, elle doit embrasser le réel dans toute sa complexité et s'attaquer résolument à ses propres défaillances structurelles.
Seule cette approche, courageuse et honnête, permettra de rompre le cycle infernal de l'instabilité et de poser les fondations d'un État véritablement souverain et capable de protéger sa population.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-lucidite-salutaire-de-Christian-Geraud-Neema.html