Loin de s'inscrire dans une vision stratégique structurée et intelligemment hiérarchisée, cette initiative renvoie l'image d'une diplomatie impulsive, dominée par l'urgence émotionnelle et la réaction mimétique, au détriment d'une appréciation lucide et méthodique des rapports de force internationaux.
Il en alla de même avec l'aventure précipitée des partenariats conclus avec certains clubs européens de football, conçus dans une logique d'imitation hâtive du modèle rwandais plutôt que dans celle d'une projection réfléchie des intérêts congolais.
Animée par la volonté de rivaliser symboliquement, Kinshasa s'est engagée sans préparation sérieuse, sans récit cohérent ni écosystème diplomatique et économique capable de donner sens et profondeur à ces initiatives, transformant ce qui aurait pu relever d'une stratégie de soft power en une succession de gestes spectaculaires, coûteux et politiquement peu lisibles.
Ainsi se confirme une constante préoccupante : l'absence de patience stratégique et de vision de long terme, remplacées par une diplomatie de réaction, plus soucieuse de répondre à l'autre que de se définir elle-même.
A Kinshasa, la confusion semble s'être installée entre l'arène multilatérale et le champ du contentieux bilatéral. Or, la Francophonie n'est ni un théâtre d'affrontements symboliques ni un instrument destiné à l'exportation des antagonismes régionaux. Elle obéit à une logique propre, fondée sur l'équilibre, le consensus et la recherche d'intérêts partagés.
En tentant d'y projeter une rivalité directe avec Kigali, la RDC commet une erreur de catégorie : celle qui consiste à instrumentaliser une organisation multilatérale pour régler un différend politique qui la dépasse et qui, surtout, ne mobilise pas nécessairement ses autres membres.
Cette méprise stratégique est d'autant plus manifeste que le rapport de force diplomatique est notoirement asymétrique. Le Rwanda dispose de réseaux d'influence solides, méthodiquement consolidés au fil des années et d'une crédibilité institutionnelle patiemment construite au sein des enceintes internationales.
A l'inverse, la RDC peine encore à structurer une diplomatie d'influence durable, capable de fédérer, d'anticiper et de manuvrer dans les espaces multilatéraux avec constance et discrétion. Dans un tel contexte, la présentation d'un candidat congolais, sans préalable consensuel ni coalition clairement établie, relève moins du réalisme diplomatique que d'un réflexe nationaliste, politiquement compréhensible mais stratégiquement fragile.
Une approche plus subtile aurait consisté à privilégier la médiation indirecte : soutenir un candidat issu d'un État tiers, perçu comme neutre, mais partageant les réserves relatives à une reconduction prolongée à la tête de l'OIF. Une telle option aurait permis de cristalliser des réticences diffuses, de les agréger sans les exposer, et de construire un front silencieux mais opérant, épargnant à la RDC le risque d'un affrontement frontal aux conséquences incertaines.
En diplomatie multilatérale, la règle est implacable : dès lors qu'un scrutin est interprété comme l'extension d'un conflit bilatéral, la majorité des États choisit la prudence, sinon la neutralité. En s'engageant directement, Kinshasa contraint de nombreux membres de la Francophonie à l'abstention ou au retrait tactique, non par hostilité à son égard, mais par souci d'éviter toute implication dans une querelle régionale qui ne relève pas de leurs priorités stratégiques.
Ce réflexe, souvent mal interprété comme un désaveu, n'est en réalité que l'expression classique de la grammaire des relations internationales que les autorités congolaises semblent, une fois encore, sous-estimer.
Ainsi, ce qui aurait pu constituer une occasion de renforcer la crédibilité internationale de la RDC risque au contraire d'exposer les limites structurelles de sa diplomatie : excessive réactivité, déficit d'anticipation, confusion entre posture politique interne et stratégie externe.
La Francophonie offrait un espace propice à la construction patiente d'alliances, à l'influence feutrée et à la négociation collective. Elle se trouve transformée en vitrine d'un calcul imparfait, sinon d'une occasion manquée.
En définitive, cette séquence rappelle une vérité constante des relations internationales : l'émotion produit de l'agitation, mais seule la stratégie engendre des résultats durables. Sur ce dossier, la RDC semble avoir privilégié le bruit à la manuvre, au risque de s'affaiblir dans un jeu diplomatique où la retenue, la patience et la subtilité demeurent les véritables leviers du pouvoir.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-diplomatie-de-l-impulsion-ou-quand-l-emotion-supplante-la-strategie.html