En affirmant avoir frappé un " centre de commandement des drones militaires ", la rébellion cherche à déplacer le centre de gravité du débat : du terrain strictement opérationnel vers celui, autrement plus sensible, de la responsabilité politique et morale de l'État dans la conduite de la guerre.
Selon le communiqué diffusé, cette infrastructure aurait servi de nud central de planification, de coordination et d'exécution d'opérations qualifiées de meurtrières, dirigées tant contre les populations civiles que contre les positions de l'AFC/M23 dans plusieurs territoires de Masisi à Minembwe, en passant par Walikale, Rutshuru, Lubero, Kalehe et Mwenga.
L'énumération, loin d'être anodine, dessine une cartographie de la souffrance et rappelle l'extension géographique d'un conflit que le pouvoir central peine à contenir autrement que par l'escalade technologique.
Ce qui se joue ici dépasse la véracité factuelle des allégations, laquelle appelle, en toute rigueur, des vérifications indépendantes. L'essentiel réside dans le signal politique envoyé : l'aviation et les drones, longtemps présentés comme les instruments décisifs d'une reconquête étatique, deviennent désormais des symboles contestés, voire des cibles discursives.
La guerre se déplace ainsi sur le terrain de la légitimité, où l'argument sécuritaire se heurte frontalement à l'accusation de violences indiscriminées.
Cette séquence met en lumière une contradiction structurelle du pouvoir de Kinshasa : prétendre protéger les civils tout en s'exposant, par ses propres choix stratégiques, au soupçon d'une militarisation débridée et opaque.
La mauvaise foi, devenue marqueur récurrent de l'action gouvernementale, se manifeste dans l'écart persistant entre le discours officiel et les réalités perçues sur le terrain. À force de nier les effets délétères de sa stratégie, le régime alimente la défiance, nourrit la radicalisation et fragilise davantage encore le tissu national.
L'attaque revendiquée de Kisangani, qu'on la condamne ou qu'on l'analyse froidement, agit dès lors comme un révélateur. Elle expose l'épuisement d'une doctrine fondée sur la supériorité technologique et l'absence d'un horizon politique crédible.
Tant que la réponse à la crise restera arrimée à la force et au déni, les communiqués de guerre continueront de supplanter les initiatives de paix au détriment, toujours, des populations civiles.
Tite Gatabazi