Du discours de haine a la falsification historique et irresponsabilité politique #rwanda #RwOT

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Cette mécanique du bouc émissaire, d'une remarquable longévité, repose sur une simplification brutale des conflits et sur une essentialisation d'une communauté réduite à une identité fantasmée, étrangère et menaçante.

Le soupçon collectif ainsi construit ne relève ni du hasard ni de l'ignorance seule ; il constitue un instrument politique commode, permettant de détourner l'attention des défaillances structurelles de l'État congolais, de l'effondrement de la gouvernance sécuritaire et de la corruption endémique des élites.

La banalisation du discours de haine à l'encontre des Tutsi congolais ne peut plus être interprétée comme une succession de dérives verbales isolées. Elle s'inscrit dans une véritable architecture idéologique, faite de récits conspirationnistes, de falsifications historiques et de rhétoriques de l'exclusion.

Ce discours, relayé sans retenue dans certains espaces médiatiques et politiques, contribue à déshumaniser une population entière et à préparer les esprits à la violence, en la rendant pensable, tolérable, voire légitime.

Les propos irresponsables de certaines figures politiques, à l'instar d'Anzuluni Bembe, illustrent tragiquement cette dérive : loin d'apaiser les tensions, ils attisent les ressentiments, fragilisent le tissu social et banalisent l'idée selon laquelle une communauté pourrait être collectivement coupable.

Dans ce contexte, des initiatives comme la Commission Vangu, souvent invoquées comme des instruments de vérité et de réconciliation, méritent une lecture critique rigoureuse. Leurs conclusions, en éludant ou en minimisant les causes structurelles des violences et en évitant de nommer clairement les responsabilités, ont parfois contribué à entretenir une confusion savamment orchestrée.

Cette occultation des faits historiques nourrit l'impunité et renforce la narration dominante selon laquelle les Banyamulenge seraient moins des citoyens à protéger que des problèmes à contenir.

Violence ciblée, impunité et abandon : une communauté sacrifiée sur l'autel de la raison d'État

Les violences subies par les Banyamulenge ne sauraient être réduites à de simples dommages collatéraux d'un conflit généralisé. Leur caractère ciblé, répétitif et géographiquement cohérent atteste l'existence d'une violence spécifiquement dirigée, inscrite dans une continuité historique de persécutions, de dénis de citoyenneté et d'abandons successifs.

La guerre de l'AFDL, trop souvent résumée à une intervention extérieure, ne peut être comprise sans reconnaître la dimension interne de révolte qu'elle comportait : celle d'une communauté acculée, privée de protection et confrontée à une hostilité devenue structurelle.

Le massacre de Gatumba demeure, à cet égard, un symbole glaçant. L'ampleur de l'horreur, conjuguée à l'absence persistante de justice, révèle une hiérarchie implicite des vies humaines, où celles des Banyamulenge et des réfugiés tutsi semblent reléguées au rang de variables négligeables.

Cette impunité n'est pas seulement une faillite judiciaire ; elle constitue un message politique lourd de sens, suggérant que certaines violences peuvent être commises sans conséquence.

Le blocus de Minembwe, souvent présenté sous un angle strictement sécuritaire, s'apparente davantage à un siège silencieux, aux implications humanitaires dévastatrices. Il traduit une volonté d'asphyxie collective, renforçant l'isolement d'une population déjà marginalisée.

De même, le retrait d'Uvira de l'AFC/M23, vécu comme un abandon supplémentaire, interroge frontalement la capacité et la volonté de l'État congolais d'assumer ses obligations régaliennes envers l'ensemble de ses citoyens, sans discrimination ni calcul politique.

Face à la répétition des massacres, des déplacements forcés et des discours de haine, la RDC se trouve indéniablement à un tournant critique de son histoire.

L'absence persistante de reconnaissance des souffrances des Banyamulenge, et plus largement des Tutsi congolais, menace de produire des fractures irréversibles dans le corps national.

Ignorer cette réalité, c'est accepter que la violence devienne un langage politique ordinaire et que l'exclusion se substitue à la citoyenneté.

Reconnaître, protéger et rendre justice aux Banyamulenge n'est pas une concession communautaire : c'est une exigence fondamentale pour toute ambition de cohésion nationale, de paix durable et d'État de droit.

Dans l'Est de la RDC, les Banyamulenge sont souvent accusés de crises dont ils sont pourtant parmi les principales victimes

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Du-discours-de-haine-a-la-falsification-historique-et-irresponsabilite.html

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