L'art consommé de la manœuvre dilatoire #rwanda #RwOT

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En évoquant le risque que la création d'un nouveau cadre de négociations ne constitue qu'une énième tentative de manipulation, Nangaa ne fait que mettre en mots une inquiétude largement partagée : celle d'un processus de paix sans cesse reconfiguré au gré des intérêts conjoncturels du pouvoir de Kinshasa.

Le président Félix Tshisekedi s'est en effet illustré, au fil des années, par une pratique récurrente de l'esquive politique. Chaque fois qu'un cadre de dialogue cesse de lui être favorable, il se trouve opportunément frappé d'obsolescence, remplacé par un autre, présenté comme plus inclusif, plus innovant ou plus prometteur.

Cette instabilité n'est pas fortuite ; elle relève d'une stratégie de dilution, consistant à gagner du temps, à fragmenter les responsabilités et à désorienter les médiateurs, jusqu'à rendre toute exigence de résultats concrètement inopérante.

Dans ce contexte, la crainte exprimée par l'AFC/M23 apparaît moins comme une accusation que comme un constat lucide. La multiplication des cadres, loin de traduire une volonté sincère de paix, finit par révéler une incapacité chronique à assumer les contraintes inhérentes à toute négociation sérieuse : la constance, la discipline et le respect des engagements pris.

Là où la diplomatie exige de la continuité, le pouvoir congolais semble privilégier l'éphémère et le réversible.

Une réputation désormais indélébile

Dire que Félix Tshisekedi excelle dans l'art des tergiversations n'est plus une opinion partisane, mais une réputation solidement établie, forgée par l'accumulation des renoncements et des volte-face.

Cette image, qui lui " colle aux baskets ", pour reprendre une expression imagée mais éloquente, est devenue un élément structurant de sa perception sur la scène politique régionale. Elle alimente une défiance croissante, tant chez ses interlocuteurs internes que parmi les partenaires internationaux appelés à parrainer les processus de paix.

L'éditorialisation de cette réalité ne vise pas à disqualifier a priori toute initiative diplomatique émanant de Kinshasa, mais à rappeler une évidence politique : la crédibilité d'un acteur ne se décrète pas, elle se construit dans la durée. Or, à force de se soustraire aux cadres qu'il a lui-même sollicités, le président Tshisekedi a contribué à affaiblir sa propre parole. Chaque nouveau forum proposé est désormais accueilli avec suspicion, non pour ce qu'il promet, mais pour ce qu'il risque de dissimuler.

Ainsi, l'inquiétude formulée par Corneille Nangaa ne saurait être balayée d'un revers de main. Elle interroge le cœur même de la démarche de paix : peut-on raisonnablement espérer une issue durable lorsque l'un des protagonistes majeurs fait de l'instabilité procédurale un instrument de gouvernance ?

Tant que cette question restera sans réponse crédible, chaque nouveau cadre de négociations apparaîtra moins comme une avancée que comme une fuite en avant, et chaque invitation diplomatique comme le prélude à une nouvelle impasse soigneusement orchestrée.

La déclaration du coordonnateur de l'AFC/M23, relève davantage d'une mise en garde que d'une polémique, reflétant une lecture politique d'un mode de gouvernance connu des acteurs régionaux

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/L-art-consomme-de-la-manoeuvre-dilatoire.html

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