La justice comme boomerang politique #rwanda #RwOT

webrwanda
0

Ce qui devait être une arme de dissuasion devient alors un fardeau stratégique ; ce qui se voulait démonstration de force se mue en aveu de vulnérabilité.

En République démocratique du Congo, la séquence actuelle autour de la condamnation de l'ancien président Joseph Kabila illustre avec une clarté implacable ce phénomène de boomerang judiciaire, où le droit, dévoyé de sa finalité, révèle les failles politiques de ceux qui prétendaient en faire un instrument de domination.

L'annonce selon laquelle la Cour militaire s'apprêterait à réexaminer cette condamnation ne saurait être interprétée comme un simple événement procédural. Elle s'inscrit dans un contexte politique et diplomatique lourd de pressions, marqué par l'exigence croissante d'un dialogue inclusif crédible.

Ce rétropédalage judiciaire, sous couvert de légalité, constitue avant tout un signal politique : celui d'un pouvoir contraint de desserrer l'étau après avoir fait de la condamnation de Joseph Kabila un totem symbolique, destiné à délégitimer toute alternative politique structurée.

L'illusion de la maîtrise et la réalité du rapport de forces

Le régime de Félix Tshisekedi se heurte désormais à une évidence qu'aucune rhétorique ne saurait masquer : aucun dialogue national sérieux ne peut se tenir en l'absence de Joseph Kabila. Qu'on le veuille ou non, l'ancien chef de l'État demeure, aux yeux d'une large frange de l'opposition et de nombreux acteurs institutionnels, une figure incontournable, sans laquelle toute tentative de concertation serait perçue comme factice, voire frauduleuse.

La légitimité du processus dépend précisément de la présence de ceux que le pouvoir a tenté d'exclure par la judiciarisation du conflit politique.

Dans cette perspective, le réexamen de la condamnation apparaît comme une issue tactique, soigneusement calibrée pour permettre au régime de se dégager de l'impasse qu'il a lui-même créée.

Il s'agit moins d'un acte de justice que d'un mécanisme de désescalade, permettant de corriger la trajectoire sans assumer explicitement un recul politique. La condamnation, initialement conçue comme un levier de pression et un instrument de disqualification, s'est retournée contre ses promoteurs, devenant un obstacle majeur à la tenue du dialogue qu'ils prétendent désormais appeler de leurs vœux.

Cette séquence met crûment en lumière la fragilité du pouvoir en place. Après avoir multiplié les accusations de trahison et de collusion présumée avec l'AFC/M23, le régime se voit aujourd'hui contraint d'amender sa posture, révélant l'inanité d'une stratégie fondée sur la stigmatisation judiciaire plutôt que sur le rapport politique réel.

Loin de démontrer une quelconque autorité, ce revirement souligne l'incapacité de l'exécutif à imposer durablement son narratif face à un adversaire dont l'influence, patiemment entretenue, continue de structurer le champ politique.

Joseph Kabila, en position de force relative, apparaît ainsi non comme un acteur marginalisé, mais comme le pivot autour duquel s'articulent désormais les équilibres du dialogue à venir. La manœuvre judiciaire en cours révèle, en définitive, moins la capacité de Félix Tshisekedi à contrôler le jeu politique que son incapacité à s'en affranchir. Elle confirme une vérité classique de la vie institutionnelle : lorsqu'un pouvoir confond justice et règlement de comptes, il finit toujours par exposer, au grand jour, ses propres limites.

En RDC, la condamnation de Joseph Kabila illustre le boomerang judiciaire, où le droit révèle les failles des politiques qui l'instrumentalisent

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-justice-comme-boomerang-politique.html

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Enregistrer un commentaire (0)