Selon ses déclarations recueillies face aux caméras de Bosolo na Politik d'Istrael Mutombo, le ministre considère que Patrick Muyaya, chargé de la communication nationale et porte-parole du gouvernement, a failli à sa mission fondamentale : " nous avons perdu la bataille de l'information ", a-t-il affirmé avec une rare franchise.
Cette confession publique souligne une rupture inquiétante entre la machine étatique et la capacité réelle à contrôler le récit national, en particulier dans un contexte de crise sécuritaire aiguë où la désinformation et la propagande trouvent un terrain fertile.
Le ministre a en outre relevé la supériorité professionnelle et disciplinaire des forces de l'AFC/M23, qu'il a opposées, non sans ironie et désillusion, aux " clochards de Tshisekedi ", expression qu'il convient de lire au-delà de la provocation : elle traduit l'impression d'un appareil étatique et militaire affaibli, désorganisé et vulnérable face à des acteurs mieux formés et coordonnés.
En dépit d'une mobilisation impressionnante orchestrée par Patrick Muyaya, qui avait réuni près de 5 000 journalistes et influenceurs tant en RDC que dans la diaspora, afin de mener des campagnes coordonnées de propagande et de désinformation, l'effet recherché s'est trouvé réduit à néant.
L'investissement colossal en ressources humaines et financières, destiné à façonner l'opinion publique et à imposer un récit favorable au gouvernement, s'est heurté à une réalité implacable : la complexité du terrain médiatique et l'efficacité de contre-discours structurés ne sauraient être neutralisées par le seul déploiement numérique et quantitatif.
Face à cette entreprise colossale mais inefficace, deux journalistes congolais, Katsuva Rodriguez et Steve Wembi, ont démontré que la rigueur intellectuelle et la méthode peuvent vaincre la masse.
Par une démarche systématique et méthodique, ils ont déconstruit point par point la campagne de désinformation, exposant ses incohérences et mettant en évidence l'artificialité de sa prétendue omniprésence. Ce contraste saisissant illustre combien, même face à une mobilisation massive et onéreuse, la vérité argumentée et la précision journalistique demeurent des armes redoutables, capables de neutraliser les opérations de propagande les plus ambitieuses.
Katsuva Rodriguez et Steve Wembi, que le ministre Muhindo Nzanghi a cités nommément comme ayant mis en déroute l'armée numérique du gouvernement. Ce contraste saisissant révèle non seulement les limites des instruments modernes de communication d'État, mais aussi l'inadéquation stratégique des choix opérés par le gouvernement pour préserver son image et sa légitimité.
Une armée en déroute et la faillite symbolique du pouvoir exécutif
Plus inquiétant encore, selon le même ministre, la fuite d'Uvira par 20 000 FARDC, 10 000 Wazalendo, 5 000 soldats burundais, les FDLR et des mercenaires, déclenchée par la simple publication de deux tweets, illustre avec brutalité la fragilité de la chaîne de commandement et la désorganisation de l'appareil sécuritaire congolais.
La déclaration du chef de l'État sur l'existence d'une " armée de clochards " n'apparaît plus seulement comme une métaphore polémique : elle se concrétise dans la pratique, où les forces sous contrôle étatique montrent leur incapacité à résister à la pression psychologique et médiatique de l'adversaire.
Ce phénomène n'est pas seulement militaire ; il est politique, symbolique et institutionnel : il interroge la crédibilité des ministres eux-mêmes, réduits à l'impuissance dans l'arène de la communication et de la coordination stratégique.
Et pourtant, comme si rien de ces dysfonctionnements et de ces humiliations n'avait altéré le rythme du gouvernement, une réunion du conseil des ministres est programmée ce vendredi, dans l'apparente continuité d'un exécutif déconnecté de la réalité du terrain.
Cette juxtaposition entre l'inefficacité manifeste des instruments étatiques et le maintien de rituels administratifs rappelle cruellement que la crise congolaise ne se limite pas aux seuls affrontements militaires : elle touche la structure même de l'État, sa capacité à se gouverner efficacement, et la manière dont la parole publique est maîtrisée, ou au contraire, perdue au profit du chaos et de la désorganisation.
Dans ce contexte, il est permis de s'interroger : la déroute de l'armée numérique et l'échec de la communication gouvernementale ne constituent-ils pas le symptôme d'une fragilité plus profonde, où la coordination politique, la discipline administrative et la crédibilité militaire sont compromises simultanément ?
L'histoire récente de la RDC enseigne que la puissance nominale d'un gouvernement ou d'une armée n'a de valeur que si elle est assortie d'une parole maîtrisée, d'une autorité crédible et d'une capacité à agir avec cohérence et méthode, qualités dont le pouvoir actuel semble tristement dépourvu.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Defaillances-et-fragilite-de-la-communication-d-Etat-en-RDC.html